‹ La chute de l'ancien régime (1787-1789) (volume 2)Chapitre 102 sur 350 · Novembre · texte numérisé non relu

Novembre

champ et ne pourrait même pas se retarder sans de grands inconvénients, puisque c'est une ressource nécessaire pour dispenser d'un nouvel emprunt et fournir les fonds de l'année prochaine. Cette opération ne présente d'ailleurs aucune difficulté, de la manière dont je l'ai conçue. Ce n'est que le redressement de la caisse d'Escompte, qu'on tâchera d'ailleurs d'amalgamer avec la nouvelle banque, qui sera infiniment plus utile au commerce, aux finances de Votre Majesté et à tout le royaume. » Il faudrait encore se hâter de modifier l'époque des remboursements, que l'État a eu l'imprudence de promettre à des termes trop rapprochés, et les échelonner sur un laps de temps plus considérable. — A ces quatre premières opérations. Galonné propose d'ajouter « celle du rachat des rentes foncières, qui ferait plaisir à tout le royaume et pourrait s'exécuter de manière à n'exciter aucune plainte fondée, même de la part du clergé. » Nous verrons bientôt ce que Galonné entendait par le rachat des rentes foncières. C'était une de ses réformes les plus hardies, une de celles qui exigeaient le plus de circonspection, et qui, quoi qu^il en dise, pouvait être différée sans' grave inconvénient. Enfin, il demandait que la première session des Notables se terminât par la promesse formelle d'économies à réaliser dans les diverses branches d'administration. « Mais, ajoutait-il aussitôt, pour ne pas détruire l'ensemble d'un plan, dont toutes les parties sont essentiellement liées, pour ne pas l'énerver en le morcelant, et ne pas faire perdre à Votre Majesté l'applaudissement national qu'il doit produire, lorsqu'il sera vu dans sa totalité, je crois nécessaire que, dans cette même assemblée des Notables, pour laquelle j'invoque avec instance l'agrément de Votre Majesté, ce qu'elle jugera à propos de remettre à l'année prochaine soit néanmoins annoncé tout de suite et puisse être aperçu à l'avance.

en sorte que la nation, prévenue ainsi des vues bienfaisantes de Votre Majesté, en jouisse en quelque sorte par anticipation. »

En terminant. Galonné, obligé de prévoir une dernière hypothèse, se bornait à lui consacrer les réflexions suivantes : « Enfin, sire, il est un troisième parti, mais que je ne puis proposer qu'en tremblant et, j'ose dire, à contre-cœur, parce que j'y vois beaucoup d'inconvénients, du danger même, et vraisemblablement l'abandon total des vues que je regarde en ce moment comme le salut de l'Etat; c'est de renvoyer tout le projet à l'année prochaine, et de se réduire à la fâcheuse nécessité de recourir encore, à la fm de celle-ci, à la ressource d'un nouvel emprunt, qui serait nécessairement très considérable, qui éprouverait sûrement beaucoup d'opposition de la part du parlement, qui donnerait lieu à des réclamations d'autant plus plausibles qu'on ne pourra plus donner pour motifs les dettes de la guerre; qui obligerait de découvrir la vraie cause de sa nécessité, c'est-àdire, l'énorme déficit de la recette; qui ferait en conséquence une plaie irréparable au crédit qu'on doit regarder aujourd'hui comme le soutien de toute la machine. »

On voit par là que ce n'est pas la faute de Galonné, si l'ouverture de l'assemblée des Notables n'a pas eu lieu au mois de novembre 1786, retard qui a produit de fâcheuses conséquences; ce n'est pas sa faute s'il a dû, pour couvrir le déficit annuel d'un nouvel exercice, recourir à des expédients nouveaux. Ge n'est pas sa faute si, au lieu de convertir publiquement et régulièrement la caisse d'Escompte en Banque de France, il a été contraint d'entamer avec cette caisse des négociations secrètes, afin d'obtenir d'elle, sous un prétexte mensonger, un prétendu cautionnement de 70 millions S que

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