Michelet, Louis XV et Louis XVI ^ p
2. Lettres du comte de Mirabeau sur V administration de M. Necker (19 mars et 1" mai 1787), Biblioth. nation., Lb39, n» 366. Dans sa correspondance avec le major de Mauvillon, Mirabeau explique comment et pourquoi ces lettres furent écrites par lui en réponse à Lacretelle. Il ne songeait guère à tirer Galonné d'embarras.
3. Histoire du gouvernement français, depuis l'assemblée des Notables^ tenue le ^2 féviner 1787, jusqu'à la fin de décembre de la même année, Londres, 1788, in-8. Ge livre écrit sous le coup des événements, est l'œuvre d'un homme obscur, l'abbé Papon, qui a eu le rare mérite
dent de calmer dans son principe. Cette affaire, en un mot, fut un nuage qui, se joignant à ceux qu'il y avait déjà, contribua à former l'orage qu'on verra ensuiteéclater. »
Immédiatement après la séance du 23 février, les bureaux, convoqués par leurs présidents respectifs, se mirent à l'œuvre, et la discussion commença. Elle se porta d'abord sur les trois degrés d'assemblées, qui devaient concourir à former l'administration provin^ ciale.
Personne ne contesta en principe l'utilité d'institutions de ce genre ^ Même les membres des parlements, à qui la première tentative de Necker (1779) avait causé tant de craintes, n'osèrent pas cette fois renouveler les critiques que leur suggérait l'esprit de corps. Personne non plus n'essaya de restreindre les attributions des assemblées nouvelles : au contraire, plusieurs membres de la noblesse les trouvaient insuffisantes, et leur avis prévalut dans quelques bureaux. Mais les Notables furent presque unanimes à repousser le mode de composition proposé par Galonné, comme inconstitutionnel et dangereux, « en ce que, par la confusion des ordres, d'où pouvait s'ensuivre l'exclusion de la noblesse et du clergé, il détruisait la hiérarchie nécessaire au maintien del'autorité du monarque et à l'existence de la monar-
d'apprécier sagement ce qui se passait devant lui et d'en prévoir les conséquences.
1. Cependant le sixième bureau décida que le roi serait supplié- « d'abandonner le projet des assemblées paroissiales et de district comme susceptibles des plus grands inconvénients, et de réduire le plan proposé à la création d'une assemblée provinciale dans chaque généralité, où les trois ordres seraient admis et observeraient leur rang, le président choisi indifféremment par l'assemblée dans les classes du clergé et de la noblesse. » Archives nationales^ K, 078.
chie *. » Ils demandèrent que, à l'instar des anciens États généraux et des États particuliers qui subsistaient encore, les assemblées futures fussent nécessairement composées des trois ordres, dans des proportions réglées d'avance. En général, les bureaux reconnurent au tiers état le droit d'avoir un nombre de députés égal à celui des deux autres ordres réunis. Le bureau présidé par Monsieur et celui du comte d'Artois allèrent jusqu'à lui concéder les deux tiers des voix. Au surplus, les Notables acceptaient, sans difficulté, la délibération commune et le vote par tête. Ils se montrèrent moins libéraux sur la question de présidence, que le projet ministériel déférait au plus âgé dans les assemblées de paroisse, et au plus imposé dans les autres : ils témoignèrent le désir formel que les présidents fussent toujours choisis entre les membres des ordres privilégiés.
En définitive. Galonné, qui s'était approprié les idées radicales de Turgot, leur voyait préférer les idées moins absolues de Necker. Il débutait par un échec. Mais ce n'est pas là ce qui mérite le mieux d'être retenu dans la première résolution des Notables. C'est plutôt leur assentiment au système de fusion des trois ordres, dans les assemblées représentatives, avec délibération commune et vote par tête. « On ne soupçonnait pas alors % dit un magistrat du temps, quelles idées devaient naître bientôt de ce système moderne. Ses suites terribles peuvent servir de leçons aux gouvernements, qui se familiarisent trop légèrement avec les innovations Elles prouvent combien celles qui paraissent les plus innocentes et même les plus sages cachent de dangers inaperçus et de conséquences extrêmes. » Ici, quoi qu'en dise Sallier, l'imprévoyance n'est pas imputable au gou-
1. Délibération du cinquième bureau. Archives parlementaires, t. I, p. 220.