‹ La chute de l'ancien régime (1787-1789) (volume 2)Chapitre 120 sur 350 · Mémoires de Weber, eodem · texte numérisé non relu

Mémoires de Weber, eodem

téristiques de Sallier K Malgré les attaches qui l'unissaient à l'opposition, il déclare que la demande des bureaux ne se serait jamais produite, « si le gouvernement eût été respecté. » D'après lui, l'assemblée des Notables n'était pas une assemblée représentative, légalement constituée : c'était une simple commission, qui ne tenait ses pouvoirs que du roi, et qui n'avait à lui donner de conseils que sur les matières ou sur les documents offerts à son contrôle. « Encore moins avait-elle des droits à réclamer et des conditions à dicter. » Nul doute que cette manière de voir ne répondît aux idées et aux sentiments qui dominaient jadis dans les sphères gouvernementales ; et lors même que Galonné ne les aurait pas partagés, il aurait été forcé d'en tenir compte.

Il entretint Louis XVI de l'embarras où il se trouvait. Pour lui, pas d'incertitude sur l'origine du nouvel incident; le coup venait du clergé. Depuis le commencement des délibérations, les prélats avaient tout conduit, tout imaginé : l'Assemblée suivait ponctuellement leur impulsion; et le seul moyen de calmer les Notables était de calmer d'abord les prélats. A cet égard, le roi pensait comme son ministre. Il proposa de lui ménager une entrevue avec les principaux de ces adversaires, et, grâce à sa haute intervention, la conférence eut lieu sans retard. Cinq prélats y assistaient : Dillon, archevêque de Narbonne; Gicé, archevêque de Bordeaux; Boisgelin, archevêque d'Aix ; Talleyrand, archevêque de Reims, et le plus redoutable de tous, Brienne, archevêque de Toulouse. Il est bien difficile de savoir comment les choses se sont passées dans une réunion de' six personnes, dont aucune n'a pris soin d'en conserver les détails. Est-ce Galonné qui n'a pas su faire assez de concessions? sont-ce les représentants du clergé, qui,

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décidés à la lutte, ont repoussé les avances de Galonné? Toujours est-il que, des deux parts, on se sépara plus animé qu'auparavant. D'après les versions qui circulèrent alors S les dernières paroles échangées ne feraient pas grand honneur à la modération des prélats. « Tenez, monseigneur, » aurait dit Galonné à l'archevêque de Toulouse, « accordez-moi une trêve pour tout le temps de l'assemblée des notables; ne soyons qu'au roi et à l'État. Il n'y a personne qui ne doive frémir, si cette opération échoue ; c'est une dernière ressource. J'ai dit et répété au roi qu'elle devait sauver l'État, mais qu'elle pouvait le perdre : qu'il fallait ou ne pas entreprendre ou exécuter. Le roi est encore ferme. On peut l'ébranler; on mettra tout en combustion. Faisons un marché, vous et moi : soutenez mon opération, et ensuite prenez ma place. » Brienne répondit en ricanant et en éludant la proposition. Plus sincère ou plus hardi, l'archevêque de Narbonne intervint. « Vous voulez donc la guerre? dit-il à Galonné. Eh bien? vous l'aurez. Nous vous la ferons bonne, mais franche et ouverte. Au moins, vous vous présentez aux coups de jjonne grâce. » — « Monseigneur », répondit Galonné, en regardant l'archevêque de Toulouse, « je suis si las de ceux qu'on me porte par derrière, que j'ai résolu de les provoquer de front. » Si l'anecdote n'est pas vraie, elle n'est que trop vraisemblable, et répond exactement aux indications fournies par tous les documents connus sur l'attitude des prélats au début de l'assemblée des Notables.

Galonné venait d'annoncer que, las des sourdes manœuvres dirigées contre lui, il préférait aller au-devant

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