INTRODUCTION XIX
une populace en délire, aucun de ces documents ne nous manque aujourd'hui. Ni les hommes de 1789, ni ceux de 1793 n'ont songé à faire disparaître les vestiges écrits ou imprimés de la période antérieure. Nous avons encore sous les yeux tout ce que l'ancien régime a produit en livres, en brochures, en écrits de toute espèce ; et Dieu sait qu'à aucun moment de leur histoire, les Français n'ont montré plus d'empressement à décrire et à critiquer les institutions qui les régissaient. Quelle est la branche de gouvernement ou d'administration qu'ils ont néghgé de soumettre à leur contrôle? Jusqu'où n'ont-ils pas porté leurs regards et poussé leurs investigations? Si néanmoins rien n'est plus difficile à connaître que l'ancien régime, ce n'est pas la faute de la Révolution qui l'a détruit, c'est évidemment la faute de ce régime lui-même, si mal réglé, si obscur, quelquefois si inexphcable, que les contemporains euxmêmes n'étaient guère plus avancés que nous.
C'est qu'aussi le principal caractère de l'ancien régime est de ne reposer que sur des usages vagues, des traditions confuses, dont « la contexture embarrassée et l'enchevêtrement », le mot est de Necker ^ déroutent les plus patientes recherches et les études les plus opiniâtres. Demandez aux ministres du temps comment ils parvenaient à diriger l'administration au milieu de ce chaos. C'est encore Necker qui vous répondra. « On s'entendait, dit-il, on cheminait à l'aide de l'habitude et en suivant les routes frayées. » Encore
1. Hist. de la Révolution française, Paris, 1821, t. I, p. 60.