‹ La chute de l'ancien régime (1787-1789) (volume 2)Chapitre 12 sur 350 · XVIII INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XVIII INTRODUCTION

détruisait pas. » Un historien moins connu, mais qui mérite assurément de l'être, M. H. Doniol a reproduit sans contrôle l'opinion de M. de Tocqueville. Dans son livre intitulé la Révolution et la Féodalité^ il dit à son tour : « La Révolution française a jeté dans une nuit profonde tout ce qu'elle a détruit. L'obscurité est surtout grande au sujet des rapports sociaux et des intérêts nés de la féodalité. On dirait volontiers qu'un des grands défauts de l'ancien régime, pour nous qui n'en souffrons plus, c'est qu'en se faisant bouleverser violemment, il a rendu difficile de le connaître. Les rapports et les intérêts nouveaux ont été si différents et l'ont été si vite, que l'on n'a pas uniquement perdu de vue les anciens, mais perdu leur notion même... La France de 1788 est hors de notre intelligence, à cette heure, autant que hors des faits. Le moyen âge n'a pas de coin plus obscur. »

Malgré la confiance que m'inspirent ces deux écrivains, je n'hésite pas à déclarer que l'explication fournie par eux me paraît complètement inadmissible. Si brusque et si radicale qu'ait été l'œuvre de destruction accomplie chez nous par la révolution française, elle ne s'est pas étendue jusqu'aux documents, dont les historiens ont coutume de se servir, pour étudier l'organisation des sociétés détruites, et qui leur permettent d'ordinaire d'en reconstituer exactement les traits essentiels. Sauf quelques terriers seigneuriaux^ ou quelques papiers de famille, brûlés, dispersés, par

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