Sallier, Annales françaises, p
OU de défiance dans chacune de ses réformes. Carra, le futur rédacteur des Annales patriotiques, écrivait dans une brochure adressée aux Notables : « C'est outrager la nation que de lui proposer, en l'absence des États généraux qui tiennent à sa constitution, de consentir à refondre cette constitution en assemblées provinciales, dont la véritable qualité serait celle de caisses d'emprunt au gré du contrôleur général ^ » Au milieu de cette fermentation, qui s'accroît de jour en jour, les idées les plus hardies ne tardent pas à se produire ouvertement. Dans une autre brochure, Linguet demande la convocation des Etats généraux. Pendant ce temps, Calonne est trop préoccupé de défendre sa position à Versailles pour opposer une digue au débordement de l'effervescence parisienne. Ses collègues négligent d'intervenir dans un mouvement qui satisfait leurs rancunes. Le roi fait comme le peuple, il reste impassible... et le flot monte sans rencontrer d'obstacles.
C'est le moment qu'attendaient les candidats à la succession de Calonne, impatients de lui porter les coups décisifs, ceux qui devaient amener sa chute. Car il y a ceci de remarquable dans l'histoire du règne de Louis XVI : en général, les critiques plus ou moins fondées, les attaques à ciel ouvert ne font qu'ébranler le crédit des ministres; presque tous succombent à une intrigue de cour, qui achève de les perdre dans l'esprit du roi et précipite leur disgrâce. Cette fois, il y avait trois candidatures, et par conséquent trois foyers d'intrigues : la candidature de Necker, soutenue par Mme de