Eodem, p
3. « Error cornmunis facit jus. » Le 11 mai, Mirabeau écrivait i\ son ami le major de Mauvillon : « L'archevùqiic de Toulouse, (jue vous devez regarder comme un premier ministre, est un homme d'un grand
elle ne cesse pas d'être une excuse aux yeux de la justice.
Ce que la nomination de Brienne eut de plus regrettable pour la reine, c'est qu'elle habitua cette malheureuse princesse à s'occuper de choses pour lesquelles elle ne se sentait ni goût ni aptitude. « La reine, s'il faut en croire Mme de Gampan S fut forcée par le caractère du roi et le peu de confiance qu'il accorda à l'archevêque de Sens, de se mêler des affaires... Elle s'affligeait souvent de sa position nouvelle et la regardait comme un^ malheur qu^elle n'avait pu éviter. Un jour que je l'aidais à serrer des mémoires et des rapports que des ministres l'avaient chargée de remettre au roi : Ah ! dit-elle, en soupirant, il n'y a plus de bonheur pour moi depuis qu'ils m'ont faite intrigante! » D'après le même témoin, les ennuis et les embarras de la reine étaient encore rendus plus pénibles par la défiance jalouse qu'elle rencontrait dans l'esprit du roi. « Louis XVI avait contracté la longue habitude de ne lui rien communiquer des affaires d'Etat, et... lorsqu'elle fut forcée de se mêler des choses les plus importantes, cette habitude du roi venait souvent lui dérober la connaissance des particularités qu'il lui eût été nécessaire de savoir. N'obtenant que des lumières insuffisantes, guidée par des gens plus ambitieux que capables, la reine ne pouvait être utile à la marche des affaires; et, s'en mêler ostensiblement lui attirait, de la part de tous les partis et de toutes les classes de la société, une défaveur dont la progression était alarmante pour tous les gens qui lui étaient sincèrement attachés. » On a longtemps contesté l'exactitude de ces détails. Une légende s'était faite au
talent et d'une grande suite... » Lettres de Mirabeau à un de ses amis en Allemagne, p. 242.
1. Mémoires de Mme de Campan (édit. Berville et Barrière), t. II, p. 32.
sujet de rinfluence de la reine sur le roi, l'influence que Michelet rêve partout, celle des sens. Depuis la publication des dépêches échangées entre le comte de Mercy et rimpératrice Marie-Thérèse, aucun doute n'est possible; et, sans tomber dans une exagération contraire, il faut reconnaître aujourd'hui, qu'au moins, en 1787, l'intervention de la reine dans les affaires publiques, presque toujours réduite aux proportions d'une intrigue secrète, était sans cesse combattue et souvent annulée par l'incroyable défiance du roi. Brienne lui-même, malgré le concours dévoué de Marie-Antoinette, n'allait pas tarder à faire l'épreuve des difficultés qu'opposait, aux résolutions des hommes d'État, le caractère ombrageux de Louis XVI. Suivant le mot d'un contemporain, la crise, qui commençait, « eût exigé la réunion d'un ministre aussi fort que Richelieu, avec un roi aussi soumis dans le conseil et aussi brave dans l'action que Louis XIIL » Hélas! ces deux conditions de salut manquaient également à la monarchie défaillante.
La présence du nouveau garde des sceaux n'apportait au gouvernement qu'un mince élément de force *. Lamoignon appartenait pourtant à une illustre famille de magistrats, dont jusqu'alors il avait suivi la carrière. Mais sa conduite équivoque à la suite du coup d'état de Maupeou , et quelques projets de réforme] judiciaire bruyamment annoncés, l'avaient rendu suspect à la plupart de ses anciens collègues. Sa nomination ne pouvait ni leur plaire ni surtout les désarmer. Lui-même, aigri par les hostilités qu'il avait rencontrées sous ses pas, il arrivait au pouvoir dans des dispositions d'esprit bien différentes de celles que semble dénoter son premier discours aux Notables. Il était plutôt cassant qu'éner-
1. Peu de temps après, le duc de Nivernais et Malesherbes entrèrent au conseil, comme ministres sans portefeuille. Ni l'un ui l'aulrâ n'étaient capables de conseiller des mesures énergiques.
gique. Néanmoins, on le soupçonna d'avoir conseillé quelques tentatives de vigueur. On le crut disposé à les soutenir, ne fût-ce que par représailles. C'en fut assez pour que l'opposition le plaçât, dans ses griefs, au même rang que Brienne. <■< Sous le duumvirat Brienne et Lamoignon », a coutume de dire Mirabeau *. Pauvres duumvirs, que ces deux hommes presque aussi faibles l'un que l'autre !
Vis-à-vis de l'assemblée des Notables, la conduite de Brienne était tracée d'avance. Depuis la séance solennelle du 23 avril, les plans de Galonné disgracié étaient devenus les plans du roi, du garde des sceaux, du gouvernement tout entier. D'ailleurs, le temps pressait, et la nécessité d'en finir le plus tôt possible ne permettait pas de combiner des projets nouveaux, entraînant de nouvelles discussions. Il valait mieux s'en tenir aux anciens, sauf à leur faire subir les modifications de détail que les circonstances exigeraient. C'est aussi la résolution qu'adopta Brienne. Elle était conforme aux idées du roi et ne souleva aucune objection de la part des ministres. Mais il fallait parer sans retard aux besoins les plus urgents. Dès le lendemain de sa nomination, l'archevêque de Toulouse se rendit au bureau dont il faisait partie. Il y déclara que la détresse du trésor rendait indispensable un emprunt immédiat, et il pria ses collègues d'exprimer leur adhésion à une mesure dont ils ne pouvaient contester l'urgence. Pour se concilier leurs voix, il annonça que les économies projetées, au lieu de s'ar-
1. Voyez, entre autres, sa Première lettre à ses commettants. Nous aurons du reste l'occasion fréquente d'étudier le caractère et la conduite de Lamoignon : inutile d'y insister ici.
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rêter aiichiflre de 15 millions, comme le roi l'avait dit à la dernière séance, s'élèveraient jusqu'au chiffre de 40. Il ajouta que cette promesse allait être consacrée par une déclaration formelle S qui prescrirait en même temps la réunion d'une conférence générale sous la présidence de Monsieur. C'est là que le gouvernement ferait connaître ses intentions définitives et fournirait tous les éclaircissements qui paraîtraient encore utiles. Dans ces conditions, les Notables n'osèrent pas refuser leur approbation à l'emprunt. Le parlement lui-même ne fit aucune difficulté : il reçut, le 7 mai, l'édit portant émission de six millions de rente viagère, et il l'enregistra le même jour ^ Brienne n'avait jamais compté sur un meilleur début. Malheureusement la lune de miel ne fut pas de longue durée.
Dès le 9 mai suivant, la conférence s'ouvrit et le refroidissement commença ^ Chaque bureau était représenté par son président et deux commissaires. Brienne y comparut assité par le nouveau contrôleur général. Après quelques observations préliminaires, il résuma les points sur lesquels devaient porter les derniers travaux des Notables. Suivant lui, le déficit de l'année 1787 s'élevait à 140 millions; l'emprunt qui venait d'être contracté ne pouvait pas produire plus de 50 millions : quel que fût le résultat des économies promises et des bonifications espérées, restait toujours une insuffisance de recettes, qu'il fallait, à tout prix, combler par un impôt; mais quel impôt? Là était l'écueil. Brienne persistait dans le choix de cette subvention territoriale qui offusquait tant les ordres privilégiés. Seulement, il pro-
1. Collection de la Bibl. nat., Le ^fi, no 7. Portefeuille 6, pièce 13 (manuscrite).