‹ La chute de l'ancien régime (1787-1789) (volume 2)Chapitre 147 sur 350 · DERNIÈRES DÉLIBÉRATIONS DES NOTABLES · texte numérisé non relu

DERNIÈRES DÉLIBÉRATIONS DES NOTABLES

Cette remarque , malheureusement trop fondée , donne une idée exacte de l'attitude que les Notables ont conservéejusqu'au bout.

Elle s'explique par différentes causes. D'abord, les Notables étaient retenus par leurs déclarations généreuses. Ils n'osaient plus nier qu'un supplément d'impôts, s'il avait lieu, ne dût frapper exclusivement les classes privilégiées, c'est-à-dire eux-mêmes. Pourtant ils reculaient toujours devant un sacrifice qui coûtait encore moins à leur bourse qu'à leurs préjugés de caste. Gomment concilier leur générosité apparente et leur égoïsme profond? Ils n'avaient qu'un mo3^en : combattre la nécessité d'un impôt quelconque; en s'inclinant devant les principes d'équité, proclamés par Galonné, éluder leur application. C'est ce qu'ils firent. Quelques-uns se figuraient peut-être quela cour, acculée dans ses derniers retranchements, parviendrait à se tirer d'affaire par de simples améliorations et de larges réformes. D'autres, plus clairvoyants, ne doutaient pas qu'il fallut imposer tôt ou tard ; mais ceux-là mêmes trouvaient, dans la tactique suivie, l'avantage de ne pas s'engager d'avance et ne pas encourir les reproches des ordres qu'ils représentaient.

D'un autre côté, les Notables, sans s'avouer leur propre impuissance, en avaient le sentiment confus. Les grandes questions financières, comme celles qu'ils étaient tout à coup appelés à résoudre, sont des questions difficiles, ardues, exigeant des notions spéciales. Sous l'ancien régime, grâce au désordre invétéré dans l'administration, et à l'obscurité soigneusement entretenue dans les

les moyens que le },'ouvernement leur proposait pour remettre les finances dans une situation plus avantageuse... Ils se séparèrent sans avoir fait antre chose <iue de jeter l'inquiétude et la méfiance dans les esprits, d'embarrasser l'autorité, et de mettre en réserve pour les parlements, un tas de diflicultés, dont ils pourraient se servir, quand ils voudraient l'embarrasser davantage. »

comptes, elles présentaient un caractère de complication exceptionnelle. Des évêques, des gentilshommes, ou même des magistrats n'étaient préparés ni par l'étude, ni par l'expérience, à remplir une mission si délicate. Les seuls membres de l'Assemblée, capables de la guider dans ce dédale, lui étaient suspects. C'étaient les intendants et les membres des conseils, instruments dociles de la volonté des ministres. Aussi qu'est-il arrivé ? Abandonnés à leurs seules forces, les Notables n'ont jamais pu se rendre un compte exact de la situation des choses. Sur le point essentiel, l'existence et le chiffre du déficit, ils se sont égarés dans des divergences et dans des exagérations, qui témoignent de leur incertitude absolue. Les uns réduisent le déficit à 100 millions ; d'autres le portent à 200 : en général, leurs calculs varient de 130 à 150. On finit par s'arrêter, comme simple moj'-enne, au chiffre de 140 millions, qui est de beaucoup supérieur à la vérité. En vain, les bureaux ont-ils réclamé, en vain leur a-t-on remis les États de recettes et dépenses. Cette production de pièces, étrangères à leurs habitudes, ne fit qu'augmenter leur embarras. A plus forte raison, ils se sentaient incapables de prendre l'initiative de plans dignes d'être opposés à ceux de Calonne. De guerre lasse, quand ils virent approcher le terme de leur session, ils se hâtèrent de s'en rapporter à la sagesse du roi, pour décider quelle contribution offrirait le moins d'inconvénients, si toutefois les besoins du trésor forçaient de recourir à une contribution quelconque \ De deux choses l'une, ou cette conclusion m extremis n'était qu'un aveu d'impuissance, ou elle dissimulait une déplorable échappatoire.

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