‹ La chute de l'ancien régime (1787-1789) (volume 2)Chapitre 151 sur 350 · RÉSULTATS GÉNÉRAUX DE L ASSEMBLÉE · texte numérisé non relu

RÉSULTATS GÉNÉRAUX DE L ASSEMBLÉE

saut ! Afin d'empêcher le retour d'abus contestables, on prêche la nécessité de placer les contrôleurs généraux SOUS la tutelle d'un conseil de finances, composé de surveillants « choisis dans les différents ordres de citoyens et qui ne tiennent à la cour par aucune charge, ni au gouvernement par aucun emploi ^ » Afin d'éviter un supplément d'impôts, qui n'atteignent que les riches jusqu'alors trop favorisés, on se livre aux déclamations les plus compromettantes sur l'énormité des charges, qui accablent les pauvres. Un bureau va jusqu'à prétendre que, dans la généralité de Paris, les impôts directs absorbent les quinze vingtièmes du revenu! Les impôts indirects servent de matière à des récriminations plus vives encore. Monsieur, frère du roi, rédige un mémoire contre Vinfâme machine de la gabelle, et Brienne s'empresse de reconnaître qu'un impôt si vicieux ne saurait disparaître trop vite. On oublie qu'il s'agit d'augmenter les ressources de l'État; on ne songe qu'aies tarir. Dans l'ardeur des plaintes, on ne recule pas devant le danger d'ébranler la patience de l'armée : un bureau ^ soutient que la nourriture du soldat est insuffisante, même à sa simple conservation. Enfin, pour que la nation ne craigne pas d'appuyer tant de réclamations à la fois, on lui montre la royauté affaiblie, hésitante, obligée d'aller de concessions en concessions, ne sachant pas en stipuler le prix, et réduite à subir, comme un dernier outrage, les menaces de ses officiers de justice.

Sous un gouvernement mal dirigé, la réunion des Notables, « qui aurait pu être une bonne chose sous un autre » % n'avait abouti qu'à créer des complications im-

1. Voyez les reproches que Sallier adresse aux Notables dans ses Annales parlementaires^ p. 71 et suiv. — Comparez eociem, p. 75 et suiv.

2. Le second, celui de Lafayette. Voir Observations des Notables^ p. 548.

3. Expression du prince de Ligne dans une lettre à Sônac de Meilhan, citée par Sainte-Beuve, Causeries du lundi, t. X, p. 104.

prévues. Encore j'omets, parmi ces complications, la demande des Etats généraux, qui reste à Tétat de germe; néanmoins le germe est semé sur un terrain propice, et déjà la prudence ne permet plus aux hommes d'Etat de fermer les yeux sur ce nouvel objet de craintes.' S'ils l'oublient aujourd'hui, demain ils seront obligés de s'en ressouvenir.

Ce qu'il y a de plus grave, c'est que reffervescence ne demeure pas circonscrite comme jadis à Versailles, à Paris, dans les classes supérieures de la société. La France entière assiste, pour ainsi dire, aux débats passionnés des Notables. Dans un moment de dépit, Galonné livre à l'impression ses discours et ses mémoires : les adversaires ripostent en publiant leurs Observations ^ ; de gros volumes, il est vrai, que les hommes d'étude auront seuls le courage de feuilleter. Mais les quelques pages à^V Avertissement à^GQvbiQV, tirées à part, colportées de ville en ville, qui donc refusera de les lire? Les paysans dans leurs villages n'auront même pas besoin de prendre cette peine : ils en entendront la lecture faite au prône par leur curé. Sans doute, ils sont mal préparés à comprendre quelques-unes des questions en litige. Il y en a d'autres, qui sont trop claires et qui les pressent de trop près, pour ne pas les émouvoir. D'ailleurs, l'appel qu'on leur adresse est sans précédents. Durant tout le cours de l'ancien régime, jamais on n'avait attiré leur attention sur les affaires publiques. Leur vieux bon sens n'a pas manqué de voir, dans ce fait insolite, la trace d'un symptôme nouveau. Ils continuent de se taire, parce qu'une dure expérience les a rendus craintifs. Mais ils écoutent, ils réfléchissent, ils se recueillent. Là encore apparaît le germe des tempêtes futures. On ne s'y est

1. Observations présentées au roi par les bureaux de l'assemblée des Notables, sur les Mémoires remis à l'assemblée... Versailles, Pierres, 1787, 2 tomes en 1 volume in-i».

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pas trompé à la cour, où la publication de Galonné a paru si risquée, que ses meilleurs amis en ont pris prétexte pour l'abandonner.

Le fait seul de la convocation des notables avait été considéré par les véritables observateurs comme « un grand hommage rendu aux principes essentiels de tout gouvernement » K Dès l'origine, Galonné n'avait pas essayé d'en amoindrir la portée. Dans une note envoyée au Journal de Paris et au Mercure, pour annoncer cette convocation, il avait inséré une phrase significative : « La nation verra avec transport que le roi s'approche d'elle » 2. A ce premier moment, il ne s'adressait encore qu'aux classes supérieures. Plus tard, quand il se vit traqué par les Notables, représentants exclusifs de ces classes, il se rappela que la nation se composait en outre de la bourgeoisie, des classes laborieuses, des couches profondes, et il lança son manifeste populaire, sans souci d'une agitation, sur laquelle il comptait.- « Ainsi, dit Thuau-Granville, la force des choses contraignit les ministres à donner eux-mêmes le premier mouvement à la Révolution ^ » Je ne répondrais pas que les collègues de Galonné se soient tous associés à son acte. Mais s'il est vrai que le roi lui-même en a partagé la responsabilité, le mouvement part de plus haut. C'est un point dont il est juste de garder la mémoire. .

De ces luttes trop ardentes, la nation, comme on commence à l'appeler officiellement, dut tirer deux leçons : l'une que l'autorité royale touchait à une phase de décadence, et peut-être de ruine; l'autre que les ordres

1. Introduction au Moniteur, par Thuau-Granville. Archives parlementaires, t. I, p. 8-9.

2. Galonné avait eu le tort de rédiger ainsi cette plirase : « La nation verra avec transport que le roi daigne s'approcher d'elle. » 11 la rectifia sur les justes observations (jui lui furent adressées. Droz, Histoire de Louis XVI, t. I, p. 359, en note.

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