‹ La chute de l'ancien régime (1787-1789) (volume 2)Chapitre 150 sur 350 · Les origines de la France moderne, t. II, p · texte numérisé non relu

Les origines de la France moderne, t. II, p

gouvernement, y pratiquent une large brèche. Pour la première fois, les misérables aperçoivent une issue. Ils s'élancent, et la révolte maintenant est universelle, comme autrefois la résignation. » En 1787, le gouvernement de Louis XVI sonne la cloche d'alarme, il signale le premier l'existence de la crevasse et, craignant de n'être pas assez fort pour y remédier seul, il appelle les Notables à son aide. Ceux-ci refusent leurs services : ils font pis; ils exagèrent la gravité du mal. Au lieu de fixer les limites exactes du déficit, ils l'élèvent à un taux excessif. Au lieu de renseigner l'opinion sur le véritable état des finances, ils la tourmentent par des calculs chimériques; ils l'inquiètent, en agitant à ses yeux le fantôme de dilapidations inouïes. Brienne lui-même, dans son dernier discours, néglige de répondre à des imputations qui ne semblent toucher que son prédécesseur. Sur le chiffre du déficit annuel, il prend au pied de la lettre les exagérations des Notables. « Vous avez, leur dit-il avec une rare imprudence, constaté, autant qu'il était en votre pouvoir, le déficit, dont il fallait établir la réalité. Quelques bureaux l'ont porté entre 130 et 140 millions : quelques-uns l'ont porté encore plus haut : le terme moyen, qui résulte de vos recherches, peut être fixé à 140 millions : triste, mais importante vérité, dont la connaissance est due à votre zèle * ! » C'est à qui s'efforcera de donner à une simple crevasse les proportions d'une large brèche.

Et c'est à qui poussera la France à commencer l'as-

1. « Comment l'opinion publique ne serait-elle pas égarée, lorsque celle même du mmistère semble vacillante, lorsque le chef du conseil de vos finances, dans un discours prononcé en présence de Sa Majesté, à la dernière séance de l'assemblée des Notables, en parlant du déficit, qui, suivant le résultat des comptes, était de 114 866 000 livres, annonce que quelques bureaux l'ont porté entre 130 et 140 millions, etc. Quelle impression n'a pas dû produire dans toute la France et dans l'Europe entière, une telle incertitude avouée dans une telle circonstance! » Galonné, Requête au roi, p. 132. — Comparez eodem, p. 140.

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