Mémoires de Bésenval, t. III, p
l'échauffourée parisienne 289
clubs, dont les criailleries incessantes entretenaient partout l'agitation *. Mandé à Versailles, le lieutenant du bailliage reçut ordre de faire afficher une ordonnance contre les attroupements. Enfin, le maréchal de Biron fut chargé du commandement des forces militaires ^ Il emprunta aux régiments des gardes françaises et des gardes suisses de nombreuses patrouilles, qui sillonnèrent les rues et rétablirent le calme par leur seul aspect. Dès le 21 août, la tranquillité était complètement rétablie K
Ce ne fut donc là qu'une simple échauffourée. L'immense majorité de la population parisienne y resta étrangère. « Aucun bourgeois, aucun artisan » ne s'y fit remarquer *. On peut du reste en apprécier le caractère par l'impression que sa vue produisit sur l'esprit de Mallet du Pan, et qu'il a pris le soin de noter aussitôt ^ « J'ai remarqué en général plus de curiosité que d'échauffement dans la multitude. Sa lâcheté est assez prouvée par sa déroute, au seul mouvement d'une épée hors du fourreau. Le tapage a été exclusivement l'ouvrage des jeunes clercs et autres polissons un peu moins timides. D'ailleurs, pas un propos sage, point de méthode; c'était une émeute de gueux plutôt qu'une révolte. Toutes les boutiques du Palais, crainte du pillage, ont été fermées. En un mot, je n'avais pas l'idée d'une scène si chaude en apparence et si plate dans la réalité. Les clercs et le peuple des environs du Palais ont continué de chasser des mouchards, et de faire le tapage Taprès-dîner et les jours suivants... Ce train a duré jusqu'à hier 21, que le lieutenant général du bail-
1. Droz, t. II, p. 12. Voir en outre la note de Mallet du Pan, citée plus loin.
2. Mémoires de Webe)\ p. 111, et Mémoires de Bésenval, codem.