‹ La chute de l'ancien régime (1787-1789) (volume 2)Chapitre 19 sur 350 · INTRODUCTION XXV · texte numérisé non relu

INTRODUCTION XXV

le premier jour, elle essaye d'insérer, dans son décret originaire, quelques-uns des effets du régime féodal qu'elle prétend atteindre : elle y mêle des abus qui ne sont pas inhérents à ce régime et qu'elle y joint par suite d'une confusion manifeste. En revanche, que de choses elle oublie, et de choses essentielles, fondamentales! Presque aussitôt, elle est contrainte de reprendre son œuvre : elle s'engage dans une série interminable de décrets. Néanmoins, elle a beau faire. Il faut toujours qu'elle y revienne. Elle y épuise son ardeur infatigable, sa constance à toute épreuve : et, dans ses décrets, qui souvent se contredisent en s'accumulant, elle prouve sans cesse qu'elle est loin de connaître à fond la matière sur laquelle elle statue. Demandez plutôt à Merlin, rapporteur de la commission des droits féodaux en 1789, devenu plus tard procureur général à la Cour de Cassation, mûri par vingt années d'expérience sans relâche, et chaque jour obligé de se livrer à de nouvelles études, pour faire appliquer aux rares vestiges de l'ancien état de choses les lois abolitives de la Révolution.

Lorsque l'on y réfléchit, cette obscurité n'a rien qui doive surprendre. Ici, l'on ne peut raisonner comme d'habitude, d'après un ensemble de lois applicable à l'ensemble des habitants, et déduire l'état des personnes et des choses de l'état général de la législation. Une des règles les plus absolues du régime féodal voulait que chaque seigneur, dans les limites de sa seigneurie, demeurât le maître de fixer le sort de ses sujets, sans qu'aucune autorité n'intervînt entre eux et

Page 1