XXIV INTRODUCTION
Allons plus loin; l'ignorance et l'embarras de nos pères, avant 1789, égalaient à peu de chose près les nôtres. Ils ne connaissaient bien du régime seigneurial que la très petite portion qui les touchait personnellement, directement. Les uns savaient approximativement quel revenu ils avaient coutume d'en tirer, les autres quel fardeau de charges, prestations ou redevances, il faisait peser sur eux. Et môme, que d'obscurités, que de points sujets à discussion, que de sources de procès, dans le cercle de ces relations restreintes! Mais nul ne savait au juste ce qui se passait à quelques lieues de lui. Nous verrons, en étudiant les Cahiers de 1789, un des hommes les plus éminents de l'époque, un de ceux qui avaient eu les plus fréquentes occasions de sonder les mystères du régime seigneurial, avouer que dans les villes on ne se rendait pas un compte exact du nombre « de maux, d'abus et d'injustices \ que la pratique de ce régime infligeait aux villages de la banlieue » .
Voyez enfin ce qui est arrivé à l'Assemblée constituante. Par le décret du 4 août, elle déclare le régime féodal aboli. Rien de plus simple à faire, ni de plus court à dire. Mais quand vient le moment d'exécuter, d'indiquer précisément en quoi consiste le régime aboh, sur quoi porte l'abolition, de sortir des formules vagues pour arriver à des dispositions catégoriques, l'Assemblée tombe dans un embarras inextricable. Dès
1. Archives parlem., t. IV, p. 113. Cahier du tiers état du bailliage de Nemours, dressé par Dupont (de Nemours), d'après les Cahiers de paroisse.