‹ La chute de l'ancien régime (1787-1789) (volume 2)Chapitre 272 sur 350 · Mémoires de Weber^ p · texte numérisé non relu

Mémoires de Weber^ p

complète. Nous n'aurons plus qu'à rectifier ce que les appréciations de l'écrivain ont de beaucoup trop flatteur. « Vers le mois de mars 1788 S dit-il, le gouvernement fidèle à l'engagement qu'il avait contracté de rendre un compte annuel des finances, annonça qu'il allait publier l'état de recettes et de dépenses de l'année courante ^ Le résultat du compte avait déjà percé dans le public. La disproportion du revenu ordinaire avec la charge de cette année était de cent soixante millions. Ce déficit devait être non seulement couvert, mais excédé de sept millions, par le produit présumé des emprunts successifs et par la portion réalisée des réformes promises. Celles-ci, que nous avons vues arrêtées pour la seconde année à cinquante millions, étaient consommées, dès ce premier compte, pour la valeur de trente-six, et l'on annonçait une nouvelle progression qui les porterait jusqu'à cent deux millions pour l'année 1792, époque de la tenue des États généraux. M. Lambert, alors contrôleur général des finances, longtemps membre distingué du parlement de Paris, joignant à toutes les vertus morales et religieuses une instruction profonde et une étude admirable, M. Lambert avait mis à ce compte rendu le sceau de son travail et de sa probité ^. On avait songé à calmer les esprits en même temps qu'à les éclairer. Tout en soutenant le droit d'expédier des lettres de

1. Le texte imprimé porte « Vers le mois d'avril.., » ; c'est là une erreur manifeste.

2. Compte rendu au roi, au mois de mars 'f788, et publié par ses ordres, Paris, Imp. royale, 1788. Le catalogue de la Bibl. nat., Lb^a, n" 534, ajoute : Par de Loménie de Brienne. Rédigé par Soiifflot de Méreij, d'après Barbier.

3. La note précédente attribue le mérite de la rédaction à l'un des employés supérieurs du contrôle général, Soufflot de Mérey, de la famille du grand architecte. On peut aussi comparer les éloges que reçoit ici Lambert avec le portrait que Bésenval fait de sa médiocrité, portrait que nous avons reproduit. Je dois rappeler, quant à moi, que Lambert me paraît avoir apporté le plus- grand soin et la plus louable activité à l'organisation des nouvelles assemblées.

PRÉPARATIFS DE COUP d'ÉTAT 443

cachet, on avait dans le fait révoqué celles qui avaient été lancées contre le duc d'Orléans et les deux magistrats. Le premier était entièrement libre; les deux autres, sortis de prison, avaient eu la permission de se rendre dans leurs terres. Une émulation louable se faisait remarquer dans les divers départements. Le comte de Brienne, avec le conseil de la guerre, le comte de la Luzerne, avec celui de la marine, se livraient sans relâche à un travail assidu, dont quelques objets peut-être étaient d'une utilité douteuse, mais dont l'ensemble attestait certainement le zèle et l'intégrité. Le garde des sceaux, aidé des lumières et des vertus de cet autre Lamoignon, dont le nom ne se prononce plus sans douleur et sans respect, s'occupait infatigablement de la réforme si nécessaire dans la législation criminelle et de l'amélioration tant désirée de l'éducation publique. Il avait déjà commencé d'associer à ses nobles travaux le parlement de Paris, en demandant qu'il s'y formât un comité pour concourir à l'examen et à la discussion des projets de lois nouvelles. Une première déclaration du roi, précieuse pour les droits des citoyens et pour la défense de l'innocent, avait déjà été envoyée aux chambres assemblées. Le baron de Breteuil s'appliquait à l'embellissement de Paris, à ce genre d'embellissement qui est salutaire et n'est point onéreux. Il dégageait les ponts des masures malsaines qui les surchargeaient; rendait à l'air sa circulation et sa salubrité; isolait, multipliait et enrichissait les hôpitaux; obéissait enfin au vœu le plus cher du roi, en soignant le pauvre avec une attention suivie. Le ministre des affaires étrangères, homme instruit et aimable, d'un esprit fin, doux, conciliant, et qui a montré par la suite qu'il savait y joindre le courage, le comte de Montmorin conservait la paix du dehors, qui avait pensé être troublée par les querelles de la Hollande. C'est un problème aujourd'hui

de savoir s'il ne faut pas regretter les succès qu'eut alors son habileté; si l'on n'eût pas détourné le cours menaçant de la sédition, en portant subitement les esprits vers une occupation aussi dominante qu'immédiate; et si ces parlements, qui refusaient tout subside à la demande raisonnée des ministres, n'eussent pas cédé au cri impérieux et alarmant de la guerre. Quoi qu'il en soit de cette question, élevée comme tant d'autres après l'événement, il est certain qu'alors l'état des finances faisait frémir à l'idée d'une seule campagne. Le simple simulacre d'un camp établi à Givet n'avait pas pu se réaliser. La paix seule était désirée, elle était obtenue, et le tableau général que nous venons de tracer, semblait devoir rappeler le crédit public au secours des finances, seule partie malade dans l'administration. »

Mais le crédit public est de nature défiante. Une activité si contraire aux habitudes de la bureaucratie royale éveilla les soupçons. Bientôt les capitalistes ne virent là qu'une tactique, ayant pour but de masquer les préparatifs d'un coup d'État aventureux ; et cette perspective n'était pas faite pour les allécher. D'ailleurs le gouvernement de Louis XVI connaissait si mal l'état des esprits, qu'en cherchant à les calmer, il n'arrivait souvent qu'à les aigrir. C'est ainsi qu'au lieu de laisser dans le doute la question brûlante des États généraux, le Compte rendu témoignait la volonté formelle de ne les convoquer que le plus tard possible. La faute est d''autant plus étrange, que, six mois après, les mêmes ministres allaient reconnaître et proclamer la nécessité d'une convocation presque immédiate. Pourquoi s'exposer aux inconvénients d'une contradiction si flagrante? Il ne fallait pourtant pas une clairvoyance extraordinaire, pour deviner l'issue de la crise. Dès le 18 mars 1788, Lafayette écrivait à Washington ^ : « Les affaires intérieures de la

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