‹ La chute de l'ancien régime (1787-1789) (volume 2)Chapitre 279 sur 350 · Archives parlementaires, t. IV, p · texte numérisé non relu

Archives parlementaires, t. IV, p

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pour but d'obtenir des condamnés la dénonciation de leurs prétendus complices. C'est cette dernière dont la déclaration du P' mai annonçait l'abolition tardive. Dorénavant, les condamnés ne devaient plus être soumis, au moment de leur exécution, qu'à un dernier interrogatoire, interrogatoire solennel, avec prestation de serment. Seulement, il faut le lire pour le croire, cette déclaration, si vantée de nos jours, contient en toutes lettres la réserve suivante : « nous nous sommes décidé à essayer, du moins provisoirement, de ce der-; nier moyen S nous réservant, quoique à regret, de rétablir la question préalable, si, d'après quelques années d'expérience, les rapports de nos juges nous apprenaient qu'elle fût d'une indispensable nécessité. » Donc, la suppression de la torture n'est ici qu'une réforme provisoire, conditionnelle, et dont la durée doit dépendre du rapport des juges, qui l'ont constamment combattue. Le gouvernement de Louis XVI eût cherché le moyen le plus sûr de perdre le bénéfice de la concession, à laquelle il venait de se résigner, qu'assurément il n'aurait pas mieux réussi. Qu'il tente maintenant un coup d'État, à la façon de Maupeou! Au lieu des sympathies dont il espérait le secours, il ne trouvera partout qu'indifférence ou hostilité.

La tactique des ministres, si maladroitement exécutée, eut pour unique effet de stimuler l'émulation de leurs adversaires. Le parlement de Paris disposait de moyens sûrs pour capter à son tour la faveur publique. Il le savait et il en profita. Le 11 mars 1788, il arrêta de

i. L'interrogatoire final avec prestation de serment.

nouvelles remontrances sur l'usage des lettres de cachet, l'exil du duc d'Orléans et Tenlèvement des deux conseillers K Cette fois, il eut soin de poser la question de manière à intéresser tout le monde au succès de la cause dont il se faisait l'ardent promoteur. Laissant de côté les considérations étroites de faits et de personnes, il s'éleva jusqu'à la hauteur des principes. « Ce n'est plus, disaitil, un prince de votre sang, ce ne sont plus deux magistrats, que votre parlement redemande, au nom des lois et de la raison, ce sont trois Français, ce sont trois hommes. » En ces termes, la question était de savoir si la liberté individuelle, dans sa plus large acception, celle des humbles comme celle des puissants, resterait exposée aux caprices d'une autorité irresponsable, ou si elle obtiendrait enfin les garanties nécessaires, qu'elle a droit de réclamer partout. Mais la liberté individuelle, si précieuse qu'elle puisse être, ne forme qu'une partie de la véritable liberté, de la liberté sans qualification ni restriction aucune; et le parlement se hâtait d'ajouter : « Plusieurs faits assez connus prouvent que la nation, plus éclairée sur ses vrais intérêts, même dans les classes les moins élevées, est disposée à recevoir le plus grand bien qu'un roi puisse rendre à ses sujets, la liberté! C'est ce bien que votre parlement vient vous redemander, Sire, au nom d'un peuple généreux et fidèle. »

A des revendications si hardies, dont lebruit^ répandu dans toute la France, provoquait une émotion indescriptible, le ministère ne répondait que par des arguties ou des échappatoires. En définitive, il maintenait le système odieux et absurde des lettres de cachet ^ Alors le par-

1. Remontrances du parlement sur l'usage des Lettres de cachet^ Vexilde M. le duc d^Orléans, et Venlèvement de MM. Fréteau et Sabathier, arrêtés le // mars 1788. Bibl. nat., Lb39, n» 530.

2. Réponse du roi du 16 mars 1788 aux remontrances sur les lettres de cachet. Eodem, n° 532.

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lement revenait à la charge. Il arrêtait d'autres remontrances, dans lesquelles il ne craignait pas de faire appel à des. passions moins nobles que l'amour d'une juste liberté ^ A côté des ministres, ou au-dessus d'eux, il dénonçait une influence occulte, celle de la reine, qu'il accusait de les soutenir ou même de les inspirer. « De pareils moyens, disait-il en s'adressant au roi, ne sont pas dans votre cœur. De tels exemples ne sont pas les 'principes de Votre Majesté, ils viennent d'une autre source. » Personne ne se méprenait sur l'objet de cette allusion. Déjà les esprits n'étaient que trop enclins à exagérer la part que Marie-Antoinette prenait au gouvernement du pays. On racontait que Brienne, certain de la diriger, la faisait assister à tous les conseils, à tous les comités. C'est à elle que l'opinion égarée imputait le principal tort de toutes les mesures anti-libérales. Quand la dénonciation d'une cour souveraine retentit tout à coup, au milieu de préventions si fortes, elle déchaîna contre la malheureuse princesse les fureurs de Fanimadversion publique.

Plus le parlement se laissait entraîner aux excès de la lutte, et plus il recueillait d'applaudissements. Il pouvait tout se permettre avec la certitude d'être admiré quand même. Ses déclarations les plus fâcheuses passaient pour des chefs-d'œuvre d'énergie patriotique ^. Enivré par tant de succès, sans souci d'un avenir dont il ne pressentait pas les dangers, il résolut de pousser le ministère jusque dans ses derniers retranchements. On se rappelle qu'après la séance royale, il avait décidé de présenter au roi des remontrances, dont il avait dif-

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