LA DÉCLARATION DES DROITS
contredisaient sur un autre. Un commandant, un commissaire du roi entraient dans une de ces cours pour faire enregistrer un édit : le tribunal tout entier disparaissait et laissait le commandant seul avec le greffier et le premier président. La loi enregistrée, le commandant parti, tout le tribunal accourait pour déclarer l'enregistrement nul. Les routes étaient couvertes de grandes députations des parlements, qui allaient à Versailles voir biffer leurs registres de la main du roi, et qui retournaient dans leur ville, couvrir une nouvelle page d'un arrêté plus audacieux que celui qui venait d'être annulé. Plus ces actes étaient incendiaires, plus ils respiraient la révolte, et plus on s'empressait de leur donner une publicité effrayante. L'impossibilité de gouverner arrivait rapidement ». Il fallait donc en finir, d'une manière ou d'une autre, avec l'anarchie parlementaire^ et, puisque les ministres ne pouvaient se décider à chercher le salut dans l'établissement d'un régime libéral, ils se virent contraints de recourir, sans plus long délai, au triste remède d'un coup d'État.
Une condition indispensable à la réussite des entreprises de ce genre, c'est qu^elles soient préparées en secret, et surtout qu'elles ne soient pas connues longtemps d'avance de ceux qui ont le plus d'intérêt à les faire échouer. Le gouvernement de Louis XVI ignorait sans doute cette règle : en tous cas, il négligea de la suivre. Bésenval raconte que, dès le mois de mars 1788 •, il fut consulté par Lamoignon sur un mémoire destiné au roi, mémoire qui contenait tous les détails des me-
\. Mémoires, t. III, p. 321.
sures projetées, entre autres les réformes à introduire dans l'organisation judiciaire, et la création d'une cour plénière, seule investie désormais d'attributions législatives. D'après Sallier \ les plans des ministres émanaient de différentes sources : une grande partie leur était fournie par leur entourage. « Le secret, dit-il, était aussi fort mal gardé et le parlement n'ignorait rien de ce qui se tramait. » Au lieu de s'effrayer, comme naguère, du coup suspendu sur sa tête, il croyait, au contraire, effrayer le gouvernement par la hardiesse de ses remontrances et se faire un rempart de l'opinion publique, dont il flattait les passions. Une seule incertitude tenait encore les esprits en suspens. On avait parlé de tant de projets divers, qu'on ne savait plus auquel les ministres s'étaient arrêtés. Le 24 avril 1788, l'ambassadeur de Suède écrivait à Gustave III ^ : « Les commandants provinciaux ainsi que les intendants ont reçu l'ordre de se rendre à leur poste. On travaille à l'imprimerie royale avec une grande activité et toutes les avenues sont gardées, afm d'empêcher que rien ne transpire. Il y a des raisons de croire qu'on verra d'ici à peu des changements considérables. » Peu après, d'Éprémesnil « parvint à corrompre la femme d'un des ouvriers enfermés dans l'imprimerie royale et par elle son mari '\ » Une boule de glaise fut lancée par la fenêtre d'un des ateliers. Elle renfermait quelques fragments des feuilles en cours d'impression, et révéla les dispositions principales des dernières mesures adoptées par les ministres.
Une fois nanti de ce renseignement précieux, d'Éprémesnil courut chez le premier président demander une assemblée générale des chambres. Il obtint sans peine