‹ La chute de l'ancien régime (1787-1789) (volume 2)Chapitre 29 sur 350 · XXXVI INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XXXVI INTRODUCTION

se flatter d'avoir produit une de ces œuvres magistrales qui répondent à toutes les exigences de la critique moderne, et qui finissent par imposer leurs leçons à la conscience publique. L'époque à raconter touche de trop près à la nôtre. Les questions qu'elle soulève ressemblent trop à celles qui, chaque jour, s'agitent autour de nous, divisent et passionnent la France contempomine. De là résulte que, sous prétexte de faire revivre à nos yeux les luttes de la Révolution française, tel auteur éminent se laisse aller à soutenir une thèse où reparaît continuellement la trace de ses opinions politiques actuelles. 11 y a là, je le reconnais, une grave difficulté; mais, s'il faut attendre qu'elle disparaisse, on risque fort d'attendre longtemps. Que les grands problèmes d'organisation pohtique et sociale se débattent à Athènes, à Rome, ou à Paris, hier ou il y a vingt siècles, jamais un homme de cœur n'y touchera sans avoir à se défendre d'entraînements dangereux. Que les acteurs du drame s'appellent Etienne Marcel et Robert Lecoq, ou, soit dit sans comparaison, l'abbé Sieyès et le comte de Mirabeau, il faudra toujours que l'historien se résigne à exercer sur ses impressions la même surveillance, la même contrainte, pour peu qu'il tienne à apprécier les péripéties de ce drame émouvant avec l'impartialité d'un juge.

Or, comment un juge parvient-il à cette impartialité, qui forme le premier de ses devoirs? Il commence par chercher la vérité vraie. Il ne néglige rien pour établir les faits, constater leur caractère, leurs antécédents et

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leurs conséquences. Il interroge les témoins, il consulte les pièces du procès, il contrôle les uns par les autres. En un mot, il ne laisse aux conjectures de son esprit, que ce qu'il lui est impossible de soumettre aux rayons d'une lumière plus sûre. Tant que son instruction n'est pas complète, il la poursuit, au besoin, il la recommence. Et quand, enfin, il se décide à statuer, c'est qu'il est sûr d'avoir entre les mains tous les éléments d'un jugement éclairé. Alors, il devient impartial, parce qu'il s'est donné la peine d'apprendre et de savoir, parce que la connaissance acquise le préserve d'écarts involontaires, parce que la vérité le frappe malgré lui, parce que la réalité le presse, le domine, et parce qu'en ce monde, l'ignorance et l'erreur ont faussé plus de jugements que la passion et la mauvaise foi.

Eh bien ! avant d'entreprendre l'histoire définitive de 1789, il faut se résoudre à suivre la prudente méthode des magistrats. Il faut instruire cette grande cause, avec tous les scrupules qu'elle exige; il faut pousser les recherches si loin et si profondément, que le champ des hypothèses se restreigne à des points secondaires, et que les faits principaux, rigoureusement établis, présentent une base invariable aux appréciations de l'historien. Ajoutez qu'au tribunal de la justice, dans les affaires d'une certaine gravité, le rôle des magistrats instructeurs se borne à l'instruction; d'autres sont chargés d'en tirer les conclusions juridiques; d'autres encore de rendre l'arrêt. A chacun sa tâche dans la poursuite du but commun. Pourquoi n'en

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