REMONTRANCES DU 4 MAI
Envisagées sous d'autres rapports, elles ne sont pas non plus indignes de fixer l'attention. J'y relève notamment, au sujet de la réponse royale du 17 avril, ce curieux échantillon du langage officiel de l'époque. « Les ministres... ne voient plus en nous, » disent les membres de la cour des pairs, « que d'ambitieux aristocrates, quand nous refusons de partager leur despotisme. Non, sire ; point d'aristocratie en France, mais point de despotisme. Telle est la constitution, tel est aussi le vœu de votre parlement et l'intérêt de Votre Majesté K » Ne croiraiton pas entendre quelque adresse de l'Assemblée nationale signifiant à Louis XVI les volontés de son peuple. Eh bien! les remontrances du 4 mai sont tout entières conçues dans le même esprit et rédigées dans le même style. Il faut voir avec quelle âpreté de paroles, le parlement discute les prétentions émises par les ministres, avec quelle virulence il flétrit leur « système de la seule volonté ». Cette fois d'ailleurs, il ne s'arrête pas au pied du trône. En dénonçant les projets dont une trahison venait de lui livrer le secret, il a soin d'annoncer que l'intervention directe et personnelle du monarque ne saurait ébranler sa résistance. « S'il plaisait, dit-il % au roi trompé, de supprimer et sur-le-champ de recréer toutes les cours souveraines du royaume, pour les borner à rendre la justice; s'il lui plaisait de transplanter, d'une province à l'autre, des citoyens, des magistrats, des compagnies entières; s'il lui plaisait d'élever, sur les ruines de l'ancienne magistrature, un corps unique, qui fût un simulacre de liberté, mais un instrument de servitude; s'il lui plaisait, par l'effet d'une surprise encore plus funeste, de laisser les ministres semer la division parmi les magistrats, nous opposer les uns aux autres, nous placer entre l'opprobre et la disgrâce, choi-