Mémoires de Weber, p
savait que les ministres n'entendaient pas abolir le droit d'enregistrement, et qu'ils le transféraient à une assemblée de création nouvelle, à cette cour plénière, que les remontrances du 3 mai venaient de dénoncer comme « un instrument de servitude », dissimulé sous un simulacre de liberté. Enfin, suivant l'exemple de Galonné, les ministres essayaient de se présenter à la France les mains pleines de réformes et surtout de promesses, destinées à masquer l'objet capital de leurs combinaisons. Voilà ce que tout le monde attendait. « Une anxiété générale parcourait les premières classes de la société K » Quoique moins émues, parce qu'elles étaient moins engagées dans le conflit, les classes moyennes ne restaient pas indifférentes, et le peuple lui-même sentait instinctivement l'approche d'une de ces crises qui exercent sur le sort des nations une influence décisive.
A l'ouverture du lit de justice, Louis XVI lut, « avec l'accent d'une douleur profonde ^ », un discours qui résumait en quelques phrases les motifs de sa résolution et les principaux traits du nouveau régime dont il prétendait gratifier la France. « Il n'est point, ditil % d'écart auquel mon parlement de Paris ne se soit livré depuis une année. Les parlements de province se sont permis les mêmes prétentions... Je dois à mes peuples, je me dois à moi-même de prévenir de pareils écarts... Je veux convertir un moment de crise en une époque salutaire pour mes sujets... L'ordre que je veux établir n'est pas nouveau... Il faut à un grand État un seul roi, une seule loi, un seul enregistrement ; des tribunaux d'un ressort peu étendu, chargés de juger le plus grand nombre des procès, et des parlements aux-