LES AUTRES ÉDITS DE MAI
les seigneurs, mieux inspirés, reconnaîtront eux-mêmes le vice de leur titre et s'empresseront de restituer à la souveraineté nationale ce qui ne doit appartenir qu'à elle.
Dans cette même ordonnance, le préambule annonce, que, pour remédier aux inconvénients de l'ancienne organisation, pour rendre la justice moins lente, moins dispendieuse, et plus facilement accessible, « le roi s'est vu réduit à l'inévitable alternative ou de multiplier ses cours souveraines ou d'augmenter les pouvoirs de ses tribunaux du second ordre. C'est ce dernier moyen que sa sagesse a préféré. En conséquence, le roi se détermine à donner une constitution nouvelle à ses bailliages : il les autorise à juger définitivement les contestations dont le fond n'excédera pas 4 000 livres. En même temps, et au-dessus de ce premier ordre de bailliages, Sa Majesté choisit, dans les villes les plus considérables de chaque ressort, les tribunaux qui y sont établis; et, sous la dénomination de grands bailliages, ils décideront sans appel les affaires criminelles, de même que les affaires civiles, lorsque la valeur de l'objet contesté ne s'élèvera pas au-dessus de 20 000 livres. » D'après ce système, on croirait que désormais les parlements n'ont plus qu'à statuer sur les grandes affaires civiles, d'une importance exceptionnelle. Mais la règle n'est faite que pour les vilains. Il y en a une autre pour les ecclésiastiques et pour les nobles. Ceux-là conserveront, entre autres privilèges, l'honneur « de ne pouvoir être poursuivis ni jugés en matière criminelle, que les chambres de nos parlements assemblées, ou qu'es grand'chambres desdites cours. » Il était facile de prévoir l'effet qu'une pareille disposition risquait de produire sur l'esprit déjà trop excité du tiers état. Michelet la trouve si maladroite et si choquante, qu'il refuse d'en imputer le tort à l'initiative de ministres intelli-
gents K Sans doute, ils l'auront écrite malgré eux, « sous la dictée » des courtisans, « de ces fous, » qui ne savaient qu'imaginer pour compromettre l'ancien régime. Quels qu'en soient les auteurs, le système n'est pas moins regrettable. « Gela fait deux nations. En dehors des ordres privilégiés, la vie humaine est si peu comptée que, pour en décider, il suffit des juges inférieurs. » Veut-on parler plus exactement? On peut dire que l'ordonnance de mai estime la vie des Français plus ou moins haut, et l'entoure de garanties plus ou moins grandes, suivant l'ordre dont ils font partie. C'est une nouvelle humiliation infligée, sans motifs, aux classes moyennes et inférieures, alors qu'une saine politiq.ue commandait de capter leur bienveillance et de rechercher leur appui contre une aristocratie implacable.
Les tristes conséquences de tant de fautes ne tardèrent pas à se faire sentir. Séparée de ses alliés naturels, isolée dans sa faiblesse, la royauté demeurait seule exposée aux attaques de ses adversaires. Ils s'empressèrent de profiter des avantages qu'elle avait eu l'imprudence de leur ménager. A la fin du lit de justice, le premier président d'Aligre prononça d'une voix ferme les paroles arrêtées la veille dans la réunion générale des chambres, et qui annonçaient la résolution prise par les magistrats « de ne participer en rien, soit en corps, soit par individus, à aucune fonction qui pourrait être la suite des nouveaux projets, en quelque lieu et avec quelque personne que ce puisse être ^ » Le même jour, la cour des comptes et la cour des aides,