Archives parlementaires, t. I, p
convoquées à Versailles, siégeaient dans d'autres locaux,, où les deux frères du roi vinrent leur communiquer les édits et procéder à leur enregistrement. A la cour des comptes, le premier président, M. de Nicolaï, termina son discours par une phrase significative : « Nous n'écouterons, dit-il S que notre conscience, et nous serons toujours jaloux de l'estime de nos concitoyens et du jugement de la postérité. » La cour des aides était présidée par M. de Barentin, qui depuis s'est targué du plus pur royalisme. Mais alors il ne craignit pas de qualifier d'illégales les opérations ordonnées par le roi % et d'ajouter que « la conscience, la religion du serment, la fidélité aux lois fondamentales.... ainsi qu'aux intérêts de la nation » imposaient à ses collègues comme à lui la loi rigoureuse de protester contre tout ce qui se passait. D'après lui, « l'examen, la vérification et la publication » de tous les édits fiscaux appartenaient essentiellement aux cours des aides. « Les leur enlever ou simplement en éluder la forme deviendrait la subversion de tous les principes, la transgression de toutes les ordonnances, et, à cet égard, le renversement de la constitution française. »
Cependant tous les magistrats ne partageaient pas la violence des sentiments qui avait inspiré la rédaction des discours officiels. Il paraît même que « la majorité de la grand'chambre, en connaissant dans son entier le plan, dont on ne lui avait dénoncé à Paris que des fragments, penchait fortement pour la soumission ^ » Un instant le ministère se flatta du vain espoir qu'en la soustrayant au contact de la jeunesse parlementaire il parviendrait sans peine à la décider. Dans ce but, il lui fit donner par le roi l'ordre d'assister le lendemain à l'inau-