‹ La chute de l'ancien régime (1787-1789) (volume 2)Chapitre 318 sur 350 · Même récit, eodem · texte numérisé non relu

Même récit, eodem

528 LA CHUTE DE L'aNCIEN RÉGLME

il a déclaré « qu'il ne se chargeait de cette commission que dépouillée de tout acte de rigueur et de sévérité; qu'il était Béarnais, qu'il tenait aux privilèges de sa patrie; et que si cette démarche devait être suivie de quelque coup de force, dont on lui adresserait l'ordre, pendant qu'il serait en Béarn, il suppliait le roi de permettre qu'il ne l'exécutât point; et qu'il prévenait Sa Majesté que, dans ce cas, il se retirerait, sans attendre son congé, pour se rendre auprès d'elle et pour y devenir le défenseur le plus zélé des constitutions de son pays. » A la suite de ces déclarations inattendues, « tous les cœurs s'attendrissent, » suivant les habitudes et le style de l'époque. On court au château chercher le berceau de Henri IV. Les gardiens sont obligés de le remettre à la foule. On l'entoure de guirlandes. « Quatre paysans de quatre vallées différentes se sont chargés de ce dépôt précieux ; » ce qui prouve, en passant, que les montagnards du 19 juin étaient revenus à Pau le 13 juillet, pour les besoins de la même cause. Un jeune homme revêt le costume de Henri IV. Puis, la foule se rend chez le duc de Guiche. On le harangue, on le félicite, et lui-même répond en ces mots : « Gomme vous, messieurs, je suis Béarnais jusqu'au dernier soupir, et je suis Grammont. Je ne me serais pas chargé d'ordres désagréables. Soyez tranquilles, je viens vous faire du bien. »

Le lendemain 14 juillet, le duc de Guiche eut une longue conférence avec le procureur général, qui se chargea de transmettre les propositions ministérielles à une commission parlementaire, réunie chez le premier président. Le résultat de la délibération fut tel qu'on devait l'attendre. Les magistrats étaient trop engagés pour reculer, trop étourdis par le succès pour se rendre un compte exact des véritables dangers de la situation. D'ailleurs, ils venaient d'avoir une dernière preuve de

la faiblesse du ministère ou de ceux qui le représentaient. Rassurés de ce côté, ils espéraient conquérir des concessions plus larges et des garanties plus efficaces *. Ils repoussèrent toute tentative de conciliation, en sorte que le duc de Guiche, malgré les flatteries et les caresses dont on le berna, repartit sans avoir obtenu la moindre des choses auxquelles était réduit son ultimatum ^ Cette fois, le gouvernement ne trouva rien de mieux que de faire expédier à la cour de Pau des lettres de cachet lui ordonnant de se rendre tout entière à Versailles, sans passer par Paris ^ Un long cortège de magistrats traversa la France, émue d'un spectacle si nouveau. Quand ils arrivèrent au terme de leur voyage, les jours du ministère étaient déjà comptés. Bientôt Necker remplaçait Brienne. Tous les parlements furent réintégrés dans la plénitude de leurs fonctions, et la magistrature béarnaise put retourner au milieu de ses fidèles montagnards, avec la satisfaction d'avoir donné la première le signal d'une lutte qui se terminait par une victoire aussi complète.

Ces événements sont aujourd'hui peu connus. Lorsque d'aventure les historiens se décident à remonter jusqu'aux troubles de 1788, pour expliquer l'explosion de 1789, ils consacrent à grand'peine quelques lignes au Béarn. Leur attention est absorbée par le rôle plus éclatant qu'ont joué à la même époque des provinces plus importantes. « La grande bataille de la France, dit Michelet, fut réellement soutenue par deux provinces, la Bretagne et le Dauphiné \ » Gela est juste. Mais,

1. « Les paiicmcnts, poussés à rextréme, étaient aigris sans retour. Us ne pouvaient plus avoir aucune confiance dans le gouvernement, quels que fussent les ministres, et, «luand ils eussent voulu rétrograder eux-mêmes, ils n'en avaient plus le pouvoir... » Sallier, Annales françaises, p. 181.

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