‹ La chute de l'ancien régime (1787-1789) (volume 2)Chapitre 317 sur 350 · Archives pari., t. 1, p. 3i · texte numérisé non relu

Archives pari., t. 1, p. 3i

tion révolutionnaire des classes moyennes. On ne découvre, à leur charge, aucun fait, aucun arrê.té, aucune publication. C'est même là ce qui trompe les classes aristocratiques et masque à leurs yeux les dangers de leur imprudence. C'est aussi ce qui désarme les fonctionnaires royaux et leur fait oublier leur devoir. D'où vient que des officiers supérieurs, comme le marquis de Lons, n'essayent ni de se défendre contre une surprise, ni de prendre leur revanche dès qu'elle est possible? Au fond du cœur, ils sympathisent avec des adversaires d'un jour, au milieu desquels ils ne comptent que des amis de la veille, dont ils tiennent à conserver l'amitié du lendemain.

Si le commandant et l'intendant de la province ne font rien et laissent tout faire, sans doute le ministère, informé de ce qui se passe, va prendre un parti énergique. Malheureusement, sa situation est pire que jamais. Les mêmes divisions l'affaiblissent toujours, et ceux de ses membres qui seraient tentés de recourir à des mesures de répression sérieuse sentent l'appui du roi prêt à leur manquer. Dans un instant d'irritation passagère, Louis XVI, poussé à bout, avait autorisé la publication des édits de mai. Il croyait n'avoir qu'à parler pour être obéi. Dès la première résistance, il hésite, il se trouble, il regrette de s'être engagé dans un conflit si grave. Laissons parler un contemporain, dont les sentiments royalistes ne sauraient être supects. « Au milieu de cette lutte violente, dit Sallier, le caractère du roi était pour les ministres un grand sujet d'inquiétude et d'embarras. Ce prince timide et irrésolu avait cédé à leurs sollicitations, plutôt qu'il n'avait partagé

franchement leurs projets. Ils lui en avaient garanti le succès, et cependant la résistance désavouait ces promesses. Ils le circonvenaient de toutes parts , et étaient sans cesse occupés à lui cacher, autant qu'il se pouvait, les événements ou à les lui présenter sous des couleurs trompeuses. Faute de pouvoir le rassurer, ils lui montraient plus de danger à changer de résolution qu'à persévérer, et ils ne cessaient de lui répéter que l'autorité royale était perdue, s'il rétrogradait. C'était ainsi que, à défaut d'énergie, ils le poussaient par la faiblesse à des résolutions hardies. Ce prince, effrayé de la grandeur de l'entreprise, fuyait de lui-même les affaires que Ton éloignait de ses regards. Il passait toutes les journées à la chasse, et, ayant abandonné sans réserve à ses ministres le soin de l'administration, ceux-ci lui dictaient ses réponses et sa conduite plutôt qu'ils ne prenaient ses ordres. » Ils lui dictaient sa conduite, oui, à une condition : c'était de ne lui demander que des efforts appropriés à son caractère. Ils savaient parfaitement bien que le jour où ils lui proposeraient de sévir coûte que coûte, de lancer la force armée contre l'émeute, d'entamer un semblant de guerre civile, ils ne parviendraient pas à obtenir son assentiment. Quelque pauvre idée que l'on se fasse de la fermeté de Brienne et de Lamoignon, jamais on n'admettra que, livrés à eux-mêmes, laissés maîtres d'agir au gré de leur raison, ils eussent suivi en Béarn l'incroyable politique à laquelle nous allons assister.

Ils imaginèrent d'envoyer à Pau un des membres de la plus haute aristocratie du pays, le duc de Guiche, de la maison de Grammont, en le chargeant d'une mission toute pacifique. C'est par la bonté, par la persuasion, par l'influence qu'on lui suppose sur les meneurs de la révolte, qu'il s'efforcera de rétablir l'ordre. Il annon-

cera que * : « il vient dans l'espoir de maintenir la province dans tous ses privilèges, bien résolu de n'exercer aucun acte d'autorité ni de rigueur contre aucun des membres du parlement. Il vient seulement demander des députés au corps de ville, qui iront à Paris solliciter la grâce du roi pour le peuple, qui, par force et par autorité, a rétabli le parlement dans ses fonctions. Il demande à ce même parlement de cesser momentanément de s'assembler et de rendre la justice ; que le roi exige cette marque de soumission et de respect ; et que de suite les états de la province assemblés demanderont son retour, et qu'il sera rétabli comme avant la séance du 8 mai dernier. » En somme, les ministres se résignaient à céder sur tous les points, pourvu qu'ils obtinssent quelques marques de soumission apparente. Il était impossible de mettre la paix à moins haut prix. Cependant elle parut encore trop chère à des gens déjà sûrs d'une impunité -absolue, et accoutumés aux douceurs d'un triomphe sans restriction ni réserve.

Le 13 juillet 1788, le duc de Guiche arrive à Pau. Personne encore n'y connaît les instructions dont il est porteur. Il est accueilli par une foule immense et silencieuse qui le reconduit « à l'hôtel du président Duplan, où il loge. » Pas un compliment, pas un mot de bienvenue. « On n'a pas entendu un seul cri de Vive le roi. Il semblait qu'on lui disait : nous voulons savoir ce que vous venez faire ici, avant de nous livrer à la joie. Nous ne vous accompagnons que pour veiller sur vous ^ » Emu de cet accueil glacial et jusqu'à un certain point menaçant, le duc de Guiche s'empresse de rassurer ses concitoyens. Il leur explique la nature de sa mission. Il ajoute qu'avant de l'accepter il a vu le roi en personne, auquel

1. Hécit d(- ce qui s'est passé à Pau le I H juillet nS8, à l'urriroe de M. le duc de Guiche, Bibl. nat., Lb»», n» 611.

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