‹ La chute de l'ancien régime (1787-1789) (volume 2)Chapitre 320 sur 350 · MESURES PRISES EN BRETAGNE · texte numérisé non relu

MESURES PRISES EN BRETAGNE

blâmait hautement l'entreprise dont il était chargé d'assurer le succès comme fonctionnaire.

A côté de lui, un peu au-dessous, prenait place Tintendant de la généralité de Rennes, Bertrand de Molleville, qui devint ministre sous la Révolution et consacra les loisirs de sa vieillesse à raconter les événements dont il fut l'acteur ou le témoin. Celui-là non plus ne professait qu'une mince estime pour les combinaisons ministérielles. Il eût volontiers cédé à d'autres le pénible honneur d'en surveiller l'exécution. Seulement, il ne se croyait pas obligé d'épouser toutes les passions de l'aristocratie bretonne. Maintes fois déjà, il avait eu maille à partir avec elle, et naguère encore il venait de lui donner la mesure de son indépendance. A la dernière session des États, il n'avait pas craint de remettre sur le tapis une question qu'elle s'efforçait d'étouffer *. Il s'agissait là d'un de ces abus, si fréquents sous l'ancien régime, et qui s'y perpétuaient au grand scandale des esprits impartiaux. Depuis 1641, les états de Bretagne, où les deux premiers ordres exerçaient une influence irrésistible, avaient trouvé moyen d'établir sur les fonds roturiers, « sans aucune autorisation ni permission du roi, » une imposition permanente, déguisée .'sous le titre de fouages extraordinaires, et qui servait à couvrir les dépenses générales de la province. Dès le début de son intendance, Molleville porta ses regards sur cette affaire. Il l'étudia avec soin. « Aussitôt, dit-il, que j'eus acquis la connaissance exacte de tous les faits, je crus ne pas pouvoir me dispenser d'en rendre compte au ministre ; et, sur mes représentations, le roi chargea ses commissaires (M. deMontmorin et moi) de demander aux états la sup-

1. Voir sur ceUe question des fouages, qui contribua tant à somer la division entre les ordres de Bretagne, les explications fournies par Bertrand de Molleville, dans une noie spéciale de son llid. de la Révolution française.

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pression d'une imposition aussi injuste qu'irrégulière, sauf à la remplacer par une imposition générale, que Sa Majesté les autoriserait à établir. » Heureusement surpris de voir ses intérêts soutenus, le tiers état appuya la motion des commissaires royaux, tandis que la noblesse furieuse protesta avec indignation. La lutte devint si vive que toutes les autres affaires demeurèrent suspendues, et que, pour laisser aux esprits le temps de se calmer, Bertrand de Molleville proposa de remettre la décision à la session suivante. « Plusieurs gentilshommes, dit-il encore, me reprochèrent avec amertume d'avoir suscité une question aussi grave et me prédirent que je n'en verrais pas la fm. — Gela se peut, leur répondis-je, mais je n'en suis pas moins convaincu que, lorsque vous aurez bien examiné cette affaire, vous reconnaîtrez que je n'ai fait que mon devoir et ce que vous auriez tous fait à ma place. Je leur conseillai de ne pas laisser échapper la seule occasion où ils puissent terminer ce procès par la seule suppression des fouages extraordinaires, et je leur prédis à mon tour que, si la décision en était remise aux états suivants, l'ordre du tiers pourrait bien exiger Je remboursement entier des capitaux et des intérêts depuis 1641, et que, dans quelque tribunal que cette demande fût portée, elle n'y éprouverait aucune difficulté. »

L'aristocratie bretonne n'était pas accoutumée à tolérer une si grande liberté de langage dans la bouche des intendants. Elle punit Bertrand de Molleville de sa témérité en le faisant déclarer en état de scission. Quelle était la nature de cette peine? Il a pris soin de nous l'apprendre. « Gomme l'usage des scissions, dit-il % n'était pas général en France, ceux qui ignorent ce que c'est ou ce que c'était ne seront peut-être pas fâchés de

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