‹ La chute de l'ancien régime (1787-1789) (volume 2)Chapitre 339 sur 350 · Annales françaises, p · texte numérisé non relu

Annales françaises, p

eus chez Lafayette, ils imaginèrent d'organiser des réunions plus nombreuses et de transporter dans la capitale les moyens d'agitation dont ils avaient fait à Rennes un si large usage *.

La cour finit par perdre patience. Elle venait de recevoir, sur les troubles de Bretagne, des renseignements précis, qui confirmaient ce qu'elle savait déjà et ce qu'elle voyait sous ses yeux. Efî'rayé des menaces incessantes dont il était l'objet, et surtout dégoûté de l'inutilité de ses efforts, Bertrand de Molleville s'était décidé à quitter son poste dans la nuit du 8 au 9 juillet. En arrivant à Versailles, il courut chez Brienne et chez Lamoignon, qui d'abord le reçurent assez mal. Sans se déconcerter, il alla trouver M. de Montmorin, à qui les affaires de Bretagne n'étaient pas étrangères, et qui passait pour exercer sur le roi une notable influence. Il lui expliqua la nature et les véritables causes du rflal, le soulèvement de la magistrature et de la noblesse, l'inertie, pour ne pas dire la connivence de M. de Thiard, le calme relatif des autres classes de la population, la certitude d'en finir, quand on voudrait, en frappant les vrais coupables. Peu de jours après, dans la nuit du 14 au 15 juillet, les députés bretons, arrêtés subitement, furent jetés à la Bastille, un an juste avant la prise de cette forteresse par le peuple de Paris.

Barrère raconte, à ce propos % une anecdote qui tendrait à démontrer, qu'en 1788, sous le duumvirat

1. On lit en effet dans la réponse du roi, du 31 juillet, reproduite dans les Archives parlementaire!^^ t. T, p. 530 : « L'assemblée (]ni a député douze fj;cntilsliommes n'était pas autoriséo... Ils ont eux-niémes con\^quc à Paris la plus irréguliérc des assemblées; j'ai dû les punir... »

2. Mémoires de Barrère, publiés par Carnot, t. I, p. 281 et 8ulv«

Brienne et Lamoignon, elle était plus habitée qu'en 1789, après huit mois du ministère de Necker. Gomme membre de l'Assemblée constituante, il fit partie d'un comité d'enquête parlementaire désigné sous le titre de comité des lettres de cachet. Un des premiers soins de ce comité fut de réunir entre ses mains tous les papiers et registres relatifs à la Bastille, y compris ceux dont la commune de Paris s'était emparée, par le ministère de Manuel, son procureur général. Bien entendu, l'on y trouva l'écrou des douze députés bretons. Barrère ajoute, et ici je tiens à lui laisser la responsabilité du récit, ainsi que celle des appréciations qu'il y mêle : « Ce que le comité des lettres de cachet trouva de plus infâme dans cet acte arbitraire, ce fut la correspondance du ministre principal, M. de Brienne, avec M. de Crosne, lieutenant général de police. Le ministre ordonnait à ce dernier de faire préparer des places à la Bastille pour douze prisonniers. M. de Crosne réppndit que la Bastille était pleine, encombrée, et qu'il n'y avait pas de place à donner. Alors le ministre principal enjoint de nouveau au lieutenant général de police de faire évacuer douze cachots pour les douze nouveaux prisonniers, et ordonne que les anciens habitants, qu'on déplacera, seront envoyés à la maison d'aliénés de Charenton. Ce procédé barbare fut exécuté, et douze prisonniers de la Bastille furent déclarés atteints de maladie mentale, et mis comme fous à Charenton. Eclairés par cette correspondance infâme du ministre principal et du chef de police, nous ordonnâmes au maire de Paris, M. Bailly, d'aller faire la recherche de ces douze infortunés. Les registres de Charenton furent confrontés avec ceux de la Bastille, et l'identité fut constatée. Les douze proscrits étaient pleins de raison. Il n'est pas possible de trouver dans les noires annales du despotisme européen, un trait aussi atroce que celui que le comité découvrit en 1789,

et dont il ordonna la réparation. » Ici Barrère va évidemment trop loin. Il oublie qu'il a fait lui-même partie d'un autre comité, celui dit de Salut public, dont les annales dépassent de beaucoup en noirceur le despotisme du pauvre Louis XVI.

Quoi qu'il en soit, le gouvernement, poussé à bout, ne se borna pas à sévir contre la députation bretonne. Quiconque s'était associé à ses démarches, par un acte quelconque d'adhésion, fut éloigné de la cour. Le comte de Boisgelin perdit sa place de maître de la garde-robe. Même une femme, la duchesse de Praslin, subissant la peine de la faute commise par son mari, fut rayée de l'état des Dames du palais. A la nouvelle de ces sévérités inattendues, « toute la noblesse bretonne courut à Rennes la rage dans le cœur et la menace à la bouche K » Cependant, elle ne tarda pas à comprendre que, n'ayant pas le droit de s'assembler sans autorisation, elle risquait d'être plus nuisible qu'utile aux prisonniers de la Bastille, en réclamant elle-même leur délivrance. Ce fut la commission intermédiaire des états, corps légalement constitué, qui se chargea d'intervenir et d'expédier une nouvelle députation, composée de 18 membres. Il fallut courir au-devant d'eux, pour les empêcher d'entrer, soit à Versailles, soit à Paris , et de remplir ces deux villes du bruit de leurs plaintes. Ordre leur fut signifié d'attendre, à Saint-Denis, le jour où il plairait au roi de les recevoir. Sur ces entrefaites , on apprit que le parlement de Bretagne, qui, depuis son exil, avait gardé le silence, venait de reparaître sur la scène. Trompant la surveillance dont il était l'objet, il s'assembla dans un château des environs de Vannes, et, « de concert avec les principaux membres de la noble sse, » appelés à cette séance illicite, il arrêta l'envoi d'une qua-

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