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de la convocation prochaine de leurs états provinciaux; et, s'ils étaient doués de la moindre prévoyance, cette perspective devait leur inspirer plus d'inquiétude que de joie. Louis XVI terminait en les invitant à retourner chez eux le plus tôt possible. Ils obéirent sans la moindre difficulté; et leur premier soin, quands ils arrivèrent en Bretagne, fut de contremander, comme inutile, la grande députation parlementaire. Durant leur séjour à Versailles, ils avaient eu le temps de s'assurer que, sous le coup d'un mécontentement profond, le roi manifestait des volontés plus fermes que d'habitude, et que, cette fois, les ministres, sûrs de son appui, étaient parfaitement résolus à briser toute résistance.
Une dernière mesure ne laissait aucun doute sur leurs intentions. Le comte de Thiard venait d'être disgracié. On voulait envoyer en Bretagne, « un homme plus capable de commander et de se faire obéir ». Bertrand de MoUeville, qui sans doute ne fut pas étranger à cette juste disgrâce, ajoute * : « Le maréchal de Stainville, qui était alors à Strasbourg, fut appelé. Il était difficile de faire un meilleur choix. Il se rendit à Rennes, avec les mêmes ordres et les mêmes pouvoirs qui avaient été donnés à M. de Thiard... A peine y eut-il passé deux jours que la tranquillité et la subordination y étaient parfaitement rétablies. Il est vrai qu'on savait que les armes étaient chargées, et que les troupes avaient reçu l'ordre non seulement de repousser la force par la force, mais de tirer sur le moindre attroupement qui balancerait à se dissiper. Tant il est vrai que, pour contenir le peuple, il suffit de paraître ne pas le craindre, et que les troupes, quelque nombreuses qu'elles soient, lui en imposent moins que la fermeté de celui qui les commande. » A dater de ce moment, les gentilshommes
i. Hist, de la Rév. ft\, t. I, p. 129.
bretons, à la tête desquels marchait toujours le comte de Botherel, le syndic général des états, durent se contenter de parcourir sans bruit les villes secondaires et les villages de la province, essayant de recueillir çà et là de vaines et tardives protestations, que personne ne songeait à leur disputer. Encore ne tardèrent-ils pas à rencontrer, chemin faisant, les premiers indices de dispositions populaires qui les menaçaient de dangers plus graves que les entreprises des ministres, et qui allaient bientôt les contraindre de reporter leur attention sur des adversaires autrement redoutables.
Ainsi se termina la première période des troubles de Bretagne. Michelet leur fait certainement trop d'honneur en les présentant comme un épisode de « la grande bataille » de la France contre Fancien régime. Les contemporains étaient plus près de la vérité en n'y voyant qu'une « insurrection de la noblesse * » contre l'autorité de la couronne, un combat stérile et sans issue, qui ne pouvait servir et qui ne servit en effet qu'à jeter un égal discrédit sur les deux combattants. Ici surtout se vérifie l'évidente justesse des reproches que Barnave adresse au gouvernement de Louis XVI, quand il dit qu'à partir de 1781 * « on fit tout pour irriter les jalousies d'une classe, pour exalter les prétentions de l'autre; on rendit à l'aristocratie cette ivresse qui, lorsqu'ensuite on a voulu la frapper, l'a conduite à provoquer une révolution, dont elle est devenue la victime ».