‹ La chute de l'ancien régime (1787-1789) (volume 2)Chapitre 42 sur 350 · APPLICATION GÉNÉRALE DES MÊMES PRINCIPES · texte numérisé non relu

APPLICATION GÉNÉRALE DES MÊMES PRINCIPES

« riin entièrement composé de soldats et officiers dauphinois, et l'autre d'officiers et soldats provençaux ». Quand on examine ce triste chef-d'œuvre de l'esprit de caste, on ne songe guère à faire honneur aux hommes de l'ancien régime d'un repentir que dément leur conduite. La vérité est qu'ils n'avaient péché ni par entraînement ni par inadvertance. Ils étaient tellement imbus de préjugés traditionnels, qu'ils jugeaient naturel et légitime ce qui nous semble inique et monstrueux. Jusqu'à la veille des États généraux, ils ont continué de suivre les mêmes errements, et le gouvernement de Louis XVI a commis la faiblesse de se traîner à leur remorque. Loin de renoncer à l'exécution du règlement de 1781 , ils ont pris soin de lui donner une sanction nouvelle; ils l'ont élevé à la dignité d'ordonnance. En vain les ministres changent, le système reste. Il persiste en face de l'Assemblée nationale, et nous le verrons une dernière fois s'étaler, comme un défi, dans la déclaratioa royale du 23 juin 1789.

D'ailleurs le système est général *. En même temps que l'aristocratie a mis la main sur les grades militaires, elle l'a étendue sur les hautes fonctions de la magistrature, el sur les bénéfices de l'Église. Elle n'a rien négligé de ce qui pouvait accroître sa force et sa richesse. Elle a tiré de sa victoire tous les profits qu'elle en pou-

1. Inutile d'ajouter que son application fut peut-ôtre encore plus rigoureuse dans la marine que dans l'armée. Voyez Sénac de Meillian, Des principes et des causes de la Hév. fr., p. 104 105 : « Le tils d'un homme qui avait été, pendant plusieurs années, secrétaire d'Elat de la marine el ministre d'État, fut refusé lorsqu'il se présenta pour être reçu garde de la marine, parce qu'il n'était qu'à la troisième (îénéralion... Louis XIV avait plus d'égards pour les enfants de ceux qui avaient été les organes et les déposilaires de l'autorité souveraine. »

vait attendre. Ici, les actes sont moins connus, parce qu'ils n'ont pas reçu la publicité ordinaire; les dates sont moins précises, parce que les mesures officielles ne se manifestent que par leur application. Mais, de ces mesures habilement concertées, personne ne conteste Texistence, et leur date se rattache évidemment à la période de réaction qui ^ produit le règlement de 1781 . Aux yeux de Sieyès, l'accaparement des grades de l'armée coïncide avec celui des hautes fonctions judiciaires. L'un et l'autre sont le résultat du même mou^ vement, le fruit de la même époque. Dans sa fameuse brochure sur le tiers état, publiée vers la fin de 1788 \ il s'exprime en ces termes : « Au lieu de céder doucement à l'action du temps, à l'influence des lumières, la noblesse se raidit contre elles. Elle prétend ne rien perdre de ses privilèges : que dis-je? Elle les accroît. N'est-ce pas de nos jours qu'a paru cette ordonnance qui exige des preuves pour entrer dans le militaire? Des preuves, non de talent ou de bonnes dispositions, mais des preuves de parchemin, par lesquelles le tiers s'est vu exclure du service! Les parlements paraissaient avoir été créés exprès pour soutenir et fortifier un peu le peuple contre la tyrannie des seigneurs : les parlements ont cru devoir changer de rôle. Tout récemment^ ils ont, sans autre façon, fait cadeau pour toujours à la noblesse des places de conseillers et de présidents, etc. » Si ces paroles de Sieyès avaient besoin de confirmation, nous la trouverions en vingt endroits des Cahiers de 1789, et entre autres dans ce passage emprunté au Cahier du tiers état du bailliage d'Etampes ^ : « De grands hommes dans le clergé, dans la marine, dans les armes et dans la magistrature, sont sortis du tiers état; toute la

1. Qu'est-ce que le tiet^s état? par Sieyès. Nouvelle édition, annotée par Tabbé Morellet, Paris, Gorreard, 1822, p. 104, note 1.

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