‹ La chute de l'ancien régime (1787-1789) (volume 2)Chapitre 59 sur 350 · Mémoires du comte de Ségiiff t. I, p · texte numérisé non relu

Mémoires du comte de Ségiiff t. I, p

témoignage est digne de confiance. On peut la consulter sans crainte sur Teffet produit par Tédit de 1781. « L'injustice et l'absurdité de cette loi, dit-elle *, furent une cause secondaire de la révolution. Il fallait tenir à cette classe honorable du tiers état, pour connaître le désespoir ou plutôt le courroux qu'y porta cette loi. Les provinces de France étaient remplies de familles roturières qui, depuis plusieurs siècles, vivaient en propriétaires sur leurs domaines et payaient la taille. S'ils avaient plusieurs fils, ils en plaçaient un au service du roi, un dans l'état militaire, un dans l'ordre de Malte comme chevalier servant d'armes, un enfin dans la magistrature, tandis que l'aîné conservait le manoir paternel... J'ai vu, dans cette classe de citoyens justement révérés, un particulier longtemps employé dans la diplomatie, ayant même été honoré du titre de ministre plénipotentiaire, gendre et neveu de colonels, majors de place, et, par sa mère, neveu d'un lieutenant général, cordon rouge, ne pouvoir faire recevoir ses fils souslieutenants dans un régiment d'infanterie. »

Dans les provinces, où la profession des armes était particulièrement recherchée, l'impression fut encore plus douloureuse qu'ailleurs. Elle éclate dans les Cahiers de i789. Celui des bailliages réunis de Golmar et de Schlestadt débute en ces termes ^ : « Article premier. L'honneur, qui est le ressort principal du gouvernement monarchique, n'étant pas un véhicule moins nécessaire au tiers état, qui forme la partie la plus nombreuse de la nation, qu'aux autres ordres, les règlements qui tendent à l'avilir ne peuvent qu'étouffer en son âme un sentiment utile à la prospérité de l'État. Aussi les représentants du tiers seront chargés de

1. Mémoires de Mme Campan, Ed. Berville et Barrière, t. I, p. 236-

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