DÉCOURAGEMENT ET LÉTHARGIE
naires. Consultons, à leur tour, les écrivains royalistes. Leur témoignage conduit à la même conclusion. Sallier a vu l'attitude du tiers état si humble, si résignée avant 1787, qu'il ne peut comprendre l'audace et l'exigence du parti populaire à la fin de 1788 \ Il impute ce changement à de sourdes intrigues. Il y découvre une manœuvre des ministres de Louis XVI. Sans un appel parti des marches du trône, le tiers état aurait continué de courber la tète et de se taire. « Les principaux de cet ordre s'étaient fait une longue habitude de se tenir éloignés des affaires politiques. Dans les derniers temps même, lorsque les deux autres ordres s'étaient lancés franchement dans la carrière, le tiers état s'était presque généralement contenté d'adhérer à leurs démarches, plutôt par des vœux secrets que des actes apparents. » Ainsi, d'après Sallier, la convocation des Notables n'a pas suffi pour réveiller le tiers état de l'engourdissement où il était tombé. Il n'en sortit que plus tard et sous le coup d'excitations plus efficaces.
Telle est aussi l'opinion de Beaulieu. D'après lui % « si l'on excepte cette manie de devenir noble, à l'époque où une grande partie de la noblesse avait cessé de l'être, le tiers état ambitionnait peu de chose. Il voulait quelque adoucissement dans les impôts ou seulement que leur répartition fût mieux ordonnée, et quelque amélioration dans la distribution de la justice : ses désirs ne
s'étendaient guère plus loin Il serait difficile de citer
un seul homme utilement occupé, qui eût la pensée de détruire ou même de changer la monarchie. Si le peuple prit ensuite une part active à cette destruction, c'est qu'on lui fit apercevoir ce qu'il y pouvait gagner, avant qu'il pût apprendre ce qu'il pouvait y perdre. Il faul