Annales françaises, p
2. Beaulieu, Essais historiques sur les causes et les effets de la Her. //•., Paris, an IX, t. i. Introduction, p. '{2 et siiiv.
donc dire que le tiers état ou le peuple, qui a tout bouleversé en France, n'opéra ces désordres que parce qu'il y fut poussé par une force moins colossale, mais plus adroite et plus active ; et qu'une fois lancé dans la carrière, il ne trouva pas en lui-même les moyens d'arrêter ce mouvement, qu'on lui avait imprimé avec tant d'imprudence. »
Voici d'ailleurs une autorité plus haute et plus sûre. C'est le parlement de Paris qui parle. Dans ses remontrances du 4 mai 1788 \ il rappelle l'état des esprits, avant les arrêts qu'il a rendus en 1787, et par lesquels il a donné le signal de la lutte. « La constitution française, dit-il, paraissait oubliée, on traitait de chimère l'assemblée des États généraux. Richelieu et ses cruautés, Louis XIV et sa gloire, la Régence et ses désordres, les ministres du feu Roi et leur insensibilité, semblaient avoir pour jamais effacé des esprits et des cœurs jusqu'au nom de la nation. Tous les états par où passent les peuples pour arriver à l'abandon d'eux-mêmes, terreur, enthousiasme, corruption, indifférence, le ministère n'avait rien négligé pour y laisser tomber la nation française. Mais il restait le parlement. On le croyait frappé d'une léthargie en apparence universelle : on se trompait. Averti tout à coup de l'état des finances, forcé de s'expliquer sur des édits désastreux, il s'inquiète, il cesse de se faire illusion, il juge de l'avenir par le passée il ne voit pour la nation qu'une ressource, la nation elle-même... Un prompt succès répond à son courage... Les États généraux rentreront dans leur droit. » Ici le parlement se montre encore plus sévère que Mably ou Thuau-Granville vis-à-vis de la France de 1786. Il l'accuse d'être tombée jusqu'au dernier des états, « par où passent les peuples pour arriver à V abandon deux-mêmes. » Il lui reproche une indifférence
1, Archives parlementaires, t. I, p. 285-286.