‹ La chute de l'ancien régime (1787-1789) (volume 2)Chapitre 73 sur 350 · LE DÉFICIT ET LA CONVOCATION DES NOTABLES · texte numérisé non relu

LE DÉFICIT ET LA CONVOCATION DES NOTABLES

I. Situation embarrassante des finances royales et difficulté de s'en rendre compte. — IL Dettes arriérées et exigibles. — III. Déficit annuel et permanent. — IV. Cessation du troisième vingtième. — V. Calonne obligé de révéler la vérité. — VI. Marche à suivre pour opérer une liquidation complète. — VIL Ce qu'a fait Calonne pour solder les dettes arriérées. — VIII. Plan imaginé par lui pour combler le déficit. — IX. Comment il le fit accepter par le roi. — X. Effet produit par la nouvelle de la convocation des Notables. — XI. Composition de cette assemblée. — XII. Circonstances qui en retardent l'ouverture et en compromettent le succès.

Parmi les causes de la trompeuse sécurité dont se berçaient les privilégiés de l'ancien ségime, on doit placer au premier rang leur erreur sur l'état des finances royales. La France entière partageait leur illusion. Après le compte rendu de Necker, après tant d'édits pleins d'assurances et de promesses décevantes, tout le monde avait fini par croire le trésor public inépuisable. L'augmentation des dépenses n'inspirait aucune inquiétude sérieuse. A peine si quelques esprits chagrins déploraient la profusion des largesses. Cependant l'heure approchait où la vérité devait éclater au plein jour. La réunion des Notables allait obliger la royauté à livrer le

secret de sa détresse. Rien que Tannonce d'une pareille assemblée constituait un commencement de révélation.

S'il est vrai que cette annonce imprévue ait déterminé l'explosion de la crise, à laquelle succomba l'ancien régime, il est intéressant de savoir pourquoi le gouvernement de Louis XVI a pris l'initiative d'une mesure qui menaçait d'avoir des conséquences aussi redoutables. Est-ce une imprudence qu'il a commise, ou une nécessité qu'il a subie? Le fait seul de la réunion des Notables entraînait-il un grave danger, ou faut-il imputer ces résultats à l'accueil qu'elle a reçu, aux intrigues dont elle a fourni l'occasion?

Galonné a lui-même raconté « au milieu de combien d'obstacles et d'angoisses* », il s'est vu contraint d'imaginer une combinaison exceptionnelle, qui permît de rétablir l'ordre dans les finances et de prévenir une catastrophe imminente. Malgré la légèreté de son caractère, il avait trop d'intelligence pour se méprendre sur la gravité du mal, trop de hardiesse ou, si l'on veut, de présomption pour renoncer à l'espoir de trouver un remède. Au commencement de l'année 1786, deux difficultés distinctes se dressaient devant lui. Un énorme fardeau de dettes extraordinaires, arriérées ou récentes, toutes également exigibles, pesait sur le trésor royal. D'un autre côté, les ressources ordinaires du budget ne couvraient pas les dépenses courantes, d'où naissait un déficit annuel, permanent, celui que les contemporains désignent d'un seul mot, le déficit^ comme s'il était le

1. Requête au Roi, adressée à S. M. par M, de Galonné, ministre d'Etat, 1787, in-S". J'aurai souvent occasion de citer cette pièce remarquable. Ce n'est pourtant qu'un Mémoire justificatif, publié par Galonné après sa disgrâce et sous le coup des poursuites du parlement, un plaidoyer joro domo suâ; mais j'aurai soin de n'en extraire que les passages corroborés par tous les autres documents connus, et quand ils me paraîtront offrir, outre le mérite d'une exactitude satisfaisante, celui d'une précision que je ne rencontre pas ailleurs.

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