EMBARRAS DES FINANCES
seul qui méritât de tenir une place dans leurs préoccupations.
A ces difficultés principales s'en joignait une troisième qui consistait à se rendre compte des deux premières. Les pratiques administratives de l'ancien rét»'ime étaient si défectueuses, la comptabilité si imparfaite et si confuse, qu'un contrôleur général, disposant lies pièces officielles, habitué à leur complication, au courant de leurs mystères, ne pouvait qu'à grand'peine établir le bilan approximatif de la situation. Galonné en fit l'épreuve, le jour où, pressé par les circonstances, il résolut de débrouiller ce chaos et, surtout, de fixer le chiffre précis du déficit annuel. C'est encore lui qui s'est chargé de nous apprendre quel immense travail nécessitait jadis un calcul en apparence si simple. « Il semble, a-t-il dit dans son discours d'ouverture à l'assemblée des Notables \ qu'il soit bien facile à un ministre des finances de former un compte exact des recettes et dépenses ordinaires et annuelles. On croirait qu'il doit le trouver dans les états de situation qu'on lui remet à la fin de chaque mois et qu'il présente luimême au roi pour le règlement des fonds de l'année suivante. Mais ces états, quelque soin qu'on apporte à leur confection, ne peuvent servir qu'à faire apercevoir les ressources extraordinaires qu'on est dans le cas de se procurer dans l'année pour laquelle ils sont faits ; on ne peut en conclure rien de précis ni de certain sur la situation ordinaire. Le nombre prodigieux de parties hétérogènes et variables, dont ils sont composés, l'enchevêtrement des différents exercices, la confusion provenant des prélèvements locaux sur des recouvrements plus ou moins retardés, le rejet des valeurs et assignations reportées d'une année sur l'autre, la multitude
\. Archives parlementaires, tome I, p. 192.
incalculable des causes imprévues qui peuvent changer l'ordre des dépenses et celui des remboursements; enfin, le mélange presque inévitable de l'arriéré, du courant et du futur, du fixe et de l'éventuel, de ce qui n'est le résultat que de virements, d'avec ce qui doit être compté pour effectif : toutes ces causes réunies rendent extraordinairement difficile de discerner ce qui appartient à chaque année, pour former une balance juste de l'état ordinaire et annuel. Persuadé qu'il est de la plus grande importance de s'en assurer, et qu'en instruire le roi, sans aucune dissimulation, est un devoir rigoureux de ma place... je n'ai rien négligé pour parvenir à mettre sous ses yeux un compte général de ses finances, dont je puisse lui garantir et justifier l'exactitude. »
Il est possible qu'à force de travail. Galonné, aidé par ses bureaux, soit parvenu à mettre sous les yeux du roi Louis XVI des résultats à peu près exacts et des justifications péremptoires. Il est douteux qu'il ait fourni à l'Assemblée des Notables des renseignements aussi sincères et des moyens de contrôle aussi faciles. En tous cas, cette assemblée n'a pas su ou n'a pas pu démêler la vérité dans le fatras de chiffres soumis à son examen. Quand elle a prétendu refaire les calculs de Galonné relativement au déficit, elle a commis des erreurs manifestes. Là 011 elle s'est trompée, l'histoire risquerait de se tromper à son tour, si elle était chargée de vérifier chaque détail et d'arrêter article par article le bilan de l'ancien régime. Heureusement sa tâche est moins ardue. Elle n'a pas besoin de procéder avec la précision d'une cour des comptes K II lui suffit de relever çà et là quelques points saillants, de mettre en lumière quelques
1. Une cour des comptes serait elle-même fort embarrassée. Les comptes de 1786 n'ont jamais été apurés; et l'état d'imperfection, où ils sont toujours restés, a forcé Bailiy, malgré sa compétence financière, de se contenter de résultats approximatifs. Hist. financ. de la France, t. II, p. 287.