Ilist. fin. de la Fr., t II, p
la couronne ne profite point, sur celles qui acquittent la dîme, qui sont soumises aux droits seigneuriaux, et que la moindre surcharge pousserait au désespoir. On a souvent essayé de supputer la part que l'Église et les seigneurs prélevaient sur les richesses agricoles de la France. Les calculs les plus modérés aboutissent à des sommes énormes. Ainsi réduite, et déplorablement réduite, la matière imposable ne se prêtait plus aux exigences de FÉtat. Quelle que fût la détresse du trésor, tous les contrôleurs généraux reculaient devant une aggravation d'impôts qu'ils sentaient devoir être intolérable aux malheureux sur qui elle retombait de tout son poids. Dès 1759, dans un Mémoire sur Tétat des finances, qu'il adressait au roi Louis XV, M. de Silhouette écrivait : « Il est de mon devoir de ne pas dissimuler à Votre Majesté que le fardeau des impositions est déjà trop lourd, et que les campagnes surtout sont dans une situation qui interdit tout espoir de secours de leur part *. y> En 1786, après tant de contributions, récemment établies pour subvenir aux frais de la guerre d'Amérique, Galonné pouvait encore moins demander aux anciens contribuables des secours qu'ils n'étaient plus du tout en mesure de fournir.
A qui la faute? La royauté vieillie avait déserté sa mission traditionnelle de protection et de justice. Elle se serait bien gardée d'imiter la prévoyance des ducs de Savoie, préparant dans leur petit pays le rachat des droits seigneuriaux, l'affranchissement progressif des personnes et des propriétés. Elle aimait mieux laisser la féodalité religieuse et laïque redoubler d'exigence, accabler le tiers état, absorber sans contrôle le plus clair des revenus imposables. Elle n'avait même pas
1. Archives nat., K. 883, n» 5. Mémoire de M. de Silhouette sur la situation des finances en / 7.1.9 et sur les moyens de subvenir aux dépensés de VÉtat et à l'acquit des engagements publics.