‹ La chute de l'ancien régime (1787-1789) (volume 2)Chapitre 98 sur 350 · Annales françaises, p · texte numérisé non relu

Annales françaises, p

■2. Eodem, p. 55.

française. Malgré les faiblesses, dont la royauté avait déjà donné trop d'exemples, il lui supposait à tort une autorité morale, un prestige, qui viendraient facilement à bout de quelques tentatives d'opposition. Sa confiance était si grande que, loin d'atténuer le chiffre du déficit, pour désarmer la critique, il ne craignit pas de l'exagérer, pour s'assurer plus de ressources.

Instruit par les indiscrétions de la cour, Besenval * affirme que les états présentés aux Notables, comme contenant le tableau des dépenses annuelles strictement nécessaires aux différents services, étaient pleins d'inexactitudes volontaires. Il en cite un détail frappant. Les dépenses du ministère de la guerre s'élevaient ordinairement à 105 millions. Mais le Maréchal de Ségur « était parvenu, dit-il, d'après un état qu'il m'a montré, à diminuer la dépense de la guerre de huit millions par an, c'est-à-dire, à la réduire à 97 au lieu de 105... toute dépense quelconque comprise. » Néanmoins, Galonné les a portées à 114 miUions dans les états qu'il a fait passer sous les yeux des Notables. « Par cet échantillon, conclut Besenval, il sera facile de juger de la nature des états remis aux Notables, et combien on peut rabattre des 140 millions où ils ont fait monter le déficit, et même des 116 où le portait M. de Galonné, qui sûrement a voulu se donner de la marge. Il y a lieu de présumer qu'on a pris, comme dépenses permanentes de la guerre, les dépenses de 1786, époque où le manque de fourrages a fait monter le total à une plusvalue considérable mais momentanée; comme il est certain qu'on a porté sur l'état des dépenses de la guerre des objets qui lui sont étrangers et qui regardent la finance. Il est proba])le aussi que les mêmes erreurs se sont glissées dans les autres états, sur lesquels les Notables ont

i. Mémoires de M. le baron de Besenval, Paris, Buisson, 1805, t. III, p. 348-249.

travaillé, et qu'ils ont souvent regardé comme fixes des dépenses extraordinaires. »

Au surplus, Galonné, après sa chute, ému de voir le chiffre du déficit absurdement grossi par ses accusateurs, a lui-même divulgué une partie de la tactique qu'il avait adoptée. Dans sa Requête aie roi\ il s'exprime en ces termes : « Ne m'est-il pas permis, sire... de soutenir et de protester hautement que quand, par mes premiers états remis à Votre Majesté à la fin de 1786, j'ai compté le déficit sur le pied de 111 à 112 millions, sans y avoir compris l'intérêt d'un cautionnement de 70 millions survenu depuis; et quand ensuite, dans les états communiqués par vos ordres aux Notables, il a été fixé à 114 866 000 livres, en y comprenant cet intérêt, il a été calculé avec l'exactitude la plus irréprochable ; que même il n'a été porté un taux si élevé qu'en comptant 12 millions pour les dépenses imprévues, et en mettant au rang des dépenses annuelles, les 50 millions et plus de remboursements à époque, qui, devant s'éteindre dans l'espace de dix ans, auraient pu n'être comptés que pour moitié : qu'en conséquence, il ne peut y avoir aucune bonne raison pour grossir davantage ce déficit et pour le faire tlotter entre 130 et 140 millions. »

Galonné aurait pu pousser plus loin les aveux. Assurément, il s'est flatté d'obtenir des Notables plus d'argent qu'il n'en avait besoin pour équilibrer le budget courant de la France. Est-ce, comme on le lui a reproché, qu'il n'entendait pas se voir « réduit à l'économie dont il avait si peu l'iiabitude? ^ » Peut-être avait-il aussi des visées plus hautes. Il voulait que désormais l'autorité royale ne fût plus entravée par des embarras d'argent, et il profitait d'une occasion unique, afin de lui procurer des ressources, qui lui permissent de se

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