Di'oz, t. I, p
mouvoir sans gêne et sans souci. Dans sa pensée, l'assentiment respectueux des notables ne laissait naucu doute. Il ne craignait même pas d'abuser de leur aveuglement.
Si la conception d'un tel plan supposait une certaine hardiesse, son exécution, pour employer les expressions de Mirabeau, exigeait encore plus de dextérité. Obtenir l'approbation du roi n'était pas ce qui embarrassait le plus Galonné, pourvu que nulle influence contraire ne déterminât Louis XVI à des refus, dont il n'avait pas l'habitude. Sans doute, il éviterait de se prononcer, avant d'avoir consulté M. de Vergennes, qui remplissait à peu près les fonctions de premier ministre sans en avoir le titre. Peut-être aussi croirait-il nécessaire, du moins pour la forme, de communiquer au garde des sceaux une série de mesurés, dans lesquelles son intervention ne tarderait pas à devenir indispensable. Mais, depuis l'incident de Hollande, le comte de Vergennes était suffisamment édifié sur la nécessité d'en finir avec le déficit. Galonné n'avait pas besoin de le circonvenir pour être sûr de son assentiment. Il comptait beaucoup moins sur Miromesnil, et s'il eût pu se passer de le mettre dans la confidence, il s'en serait prudemment abstenu. Il redoutait surtout les indiscrétions de ses autres collègues et l'hostilité déclarée de l'un d'eux, le baron de Breteuil, avec lequel il était brouillé personnellement. Enfin, il n'avait jamais pu conquérir la sympathie de la reine et se faire pardonner par elle son arrivée au pouvoir. L'initier à des plans, qu'elle serait tentée de combattre, présentait autant de dangers, que de lui en faire un mystère qu'elle ne manquerait pas de trouver offensant.
Vers le milieu du mois d'août 1786, Galonné prit le parti d'aborder avec le roi les graves et nombreuses questions qui le préoccupaient. Tout autre que Louis XVI se serait indigné en apprenant tout à coup l'état déplorable des finances. Les ministres, qui l'avaient trompé jusqu'alors, l'avaient exposé lui-même à tromper la France. Galonné était un des plus coupables, et c'est lui maintenant, qui, réduit à des aveux tardifs, venait olTrir de réparer le mal, vantait les avantages de combinaisons nouvelles, se faisait fort d'en assurer le triomphe. Un historien, dont le langage est ordinairement plus mesuré, va jusqu'à dire * : « Louis XVI, en le supposant moins faible et moins aveugle, aurait chassé Galonné de sa présence : il aurait senti que les plus utiles projets seraient repoussés en haine d'un ministre justement décrié, et que le premier moyen de succès était de les faire présenter aux Notables par un homme dans lequel ils eussent confiance. Ajoutons qu'en se débarrassant de Galonné, rien n'eût obligé Louis XVI à convoquer les Notables. Necker aurait pu ramener l'ordre au trésor, sans avoir besoin de recourir à tout cet appareil; et je doute que le parlement eût osé refuser d'enregistrer des réformes, si le monarque eût voulu profiter des transports excités par le rappel du ministre que désignait la voix publique. » M. Droz oublie qu'une des faiblesses caractéristiques de Louis XVI est précisément la défiance, la jalousie, l'aversion inexplicable, qu'il s'était laissé inspirer contre Necker ^
La première chose qui l'offusqua dans le plan de Galonné, c'est qu'il ressemblait à du Necker, « du Necker tout pur. » D'ailleurs, si Galonné l'avait trompé sur l'étal