Archives parlementaires, t. I, p
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frapper qu'une partie d'entre eux; ils se sentaient tous menacés dans un avenir prochain, et ils s'unissaient pour se défendre.
Leurs délibérations sur les trois derniers mémoires sont inspirées par le même esprit. Ils reçurent avec froideur celui qui concernait la taille. Les dégrèvements, promis au tiers état, ne touchaient guère les privilégiés et môme leur causaient quelques craintes. Aussi demandèrent-ils qu'avant de prendre un parti définitif le gouvernement attendit les observations des assemblées provinciales. Tous les bureaux approuvèrent la liberté du commerce des grains, parce qu'ils n'en redoutaient pas les conséquences, et l'abolition de la corvée en nature, parce que Galonné l'avait remplacée par une taxe pécuniaire qui ne grevait que les taillables. Cependant la majorité d'un bureau, et quelques voix dans les autres, reprenant le système si longtemps décrié de Turgot, exprimèrent le juste vœu que tous les propriétaires, sans exception, contribuassent désormais aux dépenses des routes et des chemins.
Ainsi d'un bout à l'autre, aussi bien dans le détail de quelques velléités généreuses que dans l'ensemble de résultats égoïstes, les premières délibérations des Notables ne sont qu'une longue critique et parfois une satire amère des projets ministériels.
Galonné ne perdit pas contenance. Le 12 laai 1787, il se présenta devant les Notables réunis en Assemblée générale et leur communiqua les mémoires qui formaient la seconde division du travail soumis à leur examen.
A cette occasion, il prononça un discours, où Ton devait s'attendre à trouver quelques traces de son mé-
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NOUTBLLBS CAUSES DE CONFUT 179
Contenlem^t. Loin de là : il eut la singulière idée de féliciter les Notables, comme si leurs délibérations, favorables à ses projet», n'eussent contenu que des objections de pure forme et qui n'atteignaient pas réconomie fondamentale de son plan, c Les objets de la première division, dit-il avec assurance, ont été examinés dans chacun des sept bureaux entre lesquels TAssemblée est partagée : vous avez formé vos avis; Monsieur les a tous remis au roi. Sa Majesté les a tous lus, elle veut les revoir encore avec la plus grande attention, et en peser les résultats dans son conseil; elle y a trouvé ce qu'elle attendait de votre zèle... Elle a vu avec satisfaction que, en général, vos sentiments s'accordent avec ses principes ; que, vous étant pénétrés de l'esprit d'ordre et des intentions bienfaisantes qui dirigent toutes ses vues, vous vous êtes montrés animés du désir de contribuer à en perfectionner l'exécution; que vous n'avez recherché les difficultés dont elles pourrai^it être susceptibles qu'afin de les prévenir et de fair^ apercevoir les moyens de les éviter ; enfin, que les objections qui vous ont frappés, et qui sont principalement relatives aux formes, ne contrarient pas les points essentiels du but que Sa Majesté s'est proposé, d'améliorer les finances et de soulager les peuple par la réfonnation des abus. » Tel est du moins le texte, publié après coup sur les indications de Galonné, et qui n'est peut-être qu'une version revue et corrigée du discours réeUemeot prononcé • Durant le cours de la séance, aucun des membres jnésents n'osa interrompre Galonné. Dès qu'elle fut levée, les bureaux se réunirent, et chacun d'eux décida de rédiger une protestation énergique, résumant les délibérations prises, montrant qu'elles portaient sur le fond des projets ministériels et que, au lieu de les approuver, elles lui étaient absolument contraires, en un mot, accentuant par de nouvdles
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attaques le conflit dont Colonne avait essayé de dissimuler l'existence. En vain Galonné, averti, soutint que le sens et la portée de ses paroles, inexactement retenues, avaient été mal interprétés. Les bureaux demandèrent communication immédiate du discours et surtout du malencontreux passage qui causait leur émoi. De son cùté, Galonné, en déférant à leur demande, eut soin d'adresser à iMonsieur le billet suivant * : « Monseigneur, j'ai rhonneur d'envoyer à Votre Altesse sérénissime le discours qu'elle m'a témoigné le désir d'avoir, c'est-à-dire le commencement de ce que j'ai prononcé à la séance de lundi dernier, qui est la seule partie que j'eusse écrite et que j'avais soumise au jugement du roi avant l'Assemblée. La copie que j'ai l'honneur de vous envoyer est littéralement conforme à celle qui est restée entre les mains du roi, et Sa Majesté, qui l'a relue mot à mot, depuis qu'elle a su les doutes de l'Assemblée, m'a dit hier qu'elle n'y avait rien trouvé qui ne fût exact et conforme à ses intentions. » Ici, comme de coutume. Galonné essayait de s'abriter sous le couvert de la volonté royale : comme de coutume, ses adversaires n'en tinrent aucun compte. Les protestations furent définitivement arrêtées par les bureaux ; et, pour calmer leur irritation toujours croissante, le roi fut obligé de prescrire qu'elles seraient transcrites intégralement à la suite du procès-verbal de la séance du 12 *.
Malheureusement, cette concession n'arrêta pas les progrès de l'esprit d'opposition systématique, qui s'emparait des notables. Parmi les mémoires de la seconde
1. Archives nationales, K, 617. Le billet de Calouoe porte la date du li mars 1787.
2. Celle permission fut notitice aux Notables par Monsieur, qui transmit à chaque bureau un billet ainsi conru : • Le roi a ordonné que les arrêtés des bureaux, sur ce qui s'est passé à la séance du 12, seront mis à la suite du procès-verbal de la mi'me séance. Pour copie : Louis- Stanislas-Xavier. » Archives nationales, K, 677.
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