Mémoires de Besenval, t. HI, p
lERITATION DES NOTABLES 491
serva d'autre sympathie que celle de la duchesse de Polignac, de son ami le comte de Vaudreuil, qui Tavaient porté au contrôle général, et celle du comte d'Artois, habitué à faire cause commune avec la coterie de la duchesse. Ce n'était pas assez pour préserver Louis XVI des obsessions qui Tébranlaient déjà.
Encouragés par cette défaillance, les Notables abandonnent Texamen des mémoires de la troisième division, et se livrent à des attaques rétrospectives contre Tadministration de Galonné, « jusque dans les objets où, comme il le dit lui-même dans sa Requête au roi^^ elle est tellement liée à la chose publique qu'on ne peut attaquer l'une sans nuire à l'autre. » On ne parle plus que de déprédations et de dilapidations. M. de Nicolaï, préaident de la cour des comptes, avance que plusieurs marchés relatifs aux domaines royaux cachent des tripotages indignes. Soutenu par l'évéque de Langres, Lafayette insiste et cite comme exemple l'échange du comte de Sancerre négocié avec M. d'Espagnac. Le lendemain, le comte d'Artois, qui n'a pas encore abandonné Galonné, déclare au bureau qu'il préside que le roi, auquel il a rendu compte de la séance précédente, ne saurait tolérer des imputations si graves contre un ministre, à moins qu'elles ne soient écrites et signées par les accusateurs. Aussitôt Lafayette, interprétant les paroles du roi comme une espèce de permission, prie le comte d'Artois de l'en remercier; et peu après il dépose entre les mains de ses coliques une note signée de lui, dans laquelle, renouvelant ses attaques contre l'administration générale de Galonné, il réclame « un examen sérieux par personnes non suspectes ' ».
Nous voilà bien loin des questions d'avenir qui avaient motivé la convocation des Notables. Il ne s'agit {dus des
i. Requête au roi, p. 37.
2. Mémoires et correspondance ée Lafàyeite^ t. H, p. 164 el soir.
Digiti
moyens de combler le déficit et de rétablir Tordre dans les finances. L'Assemblée se perd en récriminations stériles contre un passé irréparable. Rien ne l'arrête dans cette voie, pas môme la pensée que, sous un gouvernement absolu, de tels reproches, dirigés contre les actes d'un ministre, remontent jusqu'au roi sous les yeux duquel ces actes ont été commis. Galonné commençait à s'effrayer, pour la monarchie, d'un système d'opposition poussé jusqu'à un excès aussi dangereux. « J'en ai senti, dit-il ', les conséquences, dès le moment que j'en ai vu jeter le germe au milieu de l'assemblée des Notables, lorsqu'un jeune militaire, plein d'honneur, mais ivre de la célébrité, se laissa entraîner à proférer le premier ce reproche de déprédation^ dont en même temps il faisait bien voir qu'il ne connaissait pas la valeur, par le ton d'incertitude, les doutes sur tous les faits, et les hésitations continuelles, qui annulaient, dans sa propre bouche, la dénonciation qu'il avait signée. » En effet, ce qu'il y a de pis dans les accusations des Notables, c'est que celles dont ils ont fait le plus de bruit étaient fausses ou entachées d'exagérations monstrueuses.
En dehors de l'Assemblée, une agitation extraordinaire régnait dans les salons de l'aristocratie. « Les femmes surtout s'abandonnaient à toute l'ardeur de leur imagination, et leur animosité ressemblait presque à de la fureur. Elles ne cessaient de répéter que ce serait une dérision de se contenter du renvoi du contrôleur général : qu'il fallait lui faire son procès et en faire une justice exemplaire *. » A Paris, l'éternelle manie d'opposition entraînait les meilleurs esprits à déclamer contre Galonné. La tourbe des pamphlétaires, ameutée contre lui, attaquait les prodigalités de son administration, les fautes de sa vie privée, et trouvait un sujet de blâme