Sallier, Annales françaises^ p
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OU de défiance dans chacune de ses réformes. Carra, le futur rédacteur des Annales patriotiques j écrivait dans une brochure adressée aux Notables : « C'est outrager la nation que de lui proposer, en l'absence des États généraux qui tiennent à sa constitution, de consentir à refondre cette constitution en assemblées provinciales, dont la véritable qualité serait celle de caisses d'emprunt au gré du contrôleur général *. » Au milieu de cette fermentation, qui s'accroît de jour en jour, les idées les plus hardies ne tardent pas à se produire ouvertement. Dans une autre brochure, Linguet demande la convocation des Etats généraux. Pendant ce temps. Galonné est trop préoccupé de défendre sa position à Versailles pour opposer une digue au débordement de l'effervescence parisienne. Ses collègues négligent d'intervenir dans un mouvement qui satisfait leurs rancunes. Le roi fait comme le peuple, il reste impassible... et le flot monte sans rencontrer d'obstacles.
C'est le moment qu'attendaient les candidats à la succession de Calonne, impatients de lui porter les coups décisifs, ceux qui devaient amener sa chute. Car il y a ceci de remarquable dans l'histoire du règne de Louis XVI : en général, les critiques plus ou moins fondées, les attaques à ciel ouvert ne font qu'ébranler le crédit des ministres; presque tous succombent à une intrigue de cour, qui achève de les perdre dans Tesprit du roi et précipite leur disgrâce. Cette fois, il y avait trois candidatures, et par conséquent trois foyers d'intrigues : la candidature de Necker, soutenue par Mme de
i. Droz, Hist. de Louis XI7, t. T, p. 3T7.3T».
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Beauvau et sa coterie ; celle de Brienne, soutenue par la reine et le baron de Brcteuil; celle d'un homme moins connu, Le Camus de Néville, intendant de Guyenne, la créature et le protégé de Miromesnil *. Parmi les adversaires acharnés à sa ruine, Galonné comptait deux de ses collègues, le garde des sceaux et le ministre de la maison du roi.
Le garde des sceaux. Hue de Miromesnil, avait toujours détesté les réformes et les réformateurs. Il ne faisait que reprendre, contre Galonné, la lutte obstinée qu'il avait jadis soutenue contre Turgot. Sa première campagne n'avait que trop bien réussi; il espérait également le succès de la dernière, et, pour être à même d'en mieux profiter, il tenait en réserve un candidat de son choix à la place de contrôleur général. Ge qui lui inspirait tant de confiance dans le résultat de ses efforts, c'est qu'il s'était assuré le concours de toute la haute magistrature. Depuis le commencement de rassemblée des Notables, il réunissait chaque soir les parlementaires, qui faisaient partie de cette Assemblée, et de préférence les premiers présidents, avec lesquels il combinait les moyens de déjouer les plans de son collègue. Les présidents se chargeaient ensuite de transmettre autour d'eux le mot d'ordre convenu. Personne, à Versailles, n'ignorait ces manœuvres; mais Galonné, ne voulant laisser aucun doute au roi, le supplia de demander à la poste un extrait de la correspondance des présidents. G'était un moyen dont Louis XVI aimait à se servir. Il y trouva la preuve manifeste que le garde des sceaux ne reculait devant aucune menée afin de faire échouer des projets acceptés par lui dans le sein du conseil, et que la seule approbation du roi devait lui rendre respectables. Sa disgrâce fut bientôt résolue. Ga-