‹ La chute de l'ancien régime (1787-1789) (volume 3)Chapitre 131 sur 351 · Mémoirei de Weber, p · texte numérisé non relu

Mémoirei de Weber, p

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mieux de résigner les fonctions de contrôleur général, dès que le moment serait venu d'aborder une combinaison définitive. De là le choix de Fourqueux. « Jamais perruque du conseil d'État, dit plaisamment Mme de Staël, n'avait couvert une plus pauvre tête. » Ceux qui ne connaissaient pas le secret de la comédie ne purent réprimer un cri de surprise, et il paraît que M. de Montmorin lui-même n'était pas au nombre des initiés, si Ton en juge par les détails curieux qu'il raconte à ce propos : « Lorsque le roi, dit-il *, me chargea de sa lettre pour 'M. de Fourqueux, je crus devoir lui représenter que je trouvais le fardeau des finances trop au-dessus des forces de ce l)on magistrat. Le roi^arut sentir que mes 'inquiétudes étaient fondées. — Mais qui donc prendre? me dit-il. — Je lui répondis qu'il m'était impossible de ne pas être étonné de cette question, tandis qu'il existait un homme qui réunissait les vœux de tout le public... J'ajoutai que, tant que M. Necker existerait, 11 était impossible quMl y eût un autre ministre des finances, parce que le public verrait toujours avec humeur et avec chagrin cette place occupée par un autre que lui. Le roi convint des talents de M. Necker; 'mais il m'objecta les défauts de son caractère; et je 'reconnus facilement les impressions qu'avait données contre lui M. de Maurepas dans l'origine, et que MM. de'Vergennes, de Galonné, de IMiromesnll et de Breteuil avaient gravées plus profondément. JeneconnaissaispaspereonnellementM. Necker; je n'avais que des doutes à opposer à ce que le roi disait de son caractère, de sa hauteur et de son esprit de domination * Un peu de timidité, pas assez «d'énergie

1. Note reproduite dans les Mémoires de Uarmonlel^U UI, p. 332 et suiv.

2. Ceci rappelle ('t justifie ce qu'a dît Besenval (voir plus haut) : « Certainement M. Necker était le plus propre à rétablir la confiance, à ramener rargent; mais le roi était convaincu quMl fallait lui céder son MnCf s'il le rappelait; et le roi avait raison (!). »

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m'empêcha d'être aussi pressant que j'aurais pu l'être... Il fallut aller remettre à M. de Fourqueux la lettre qui lui était adressée et même vaincre sa résistance : j'en avais l'ordre positif. Cependant il est certain qu'on avait offert la place à M. de La Minière; la reine l'avait fait venir ; le roi s'était trouvé chez elle à l'heure qu'elle lui avait donnée^ et tous les deux le pressèrent fort d'accepter ;

.mais il entassez de hon sens pour ne pas céder à leurs instances. M. de Fowrqueux fit d'abord assez de difficulté, mais enfin il se détermina. A peine fut-il en place, que l'opinion modeste qu'il avait de lui-même ne fut que trop bien confirmée. »

Cependant Louis XVI, en se séparant de Calonne, ne lui laissa d'abord apercevoir aucun signe de mécontentement. Au contraire, il le pria de rester à Versailles, comme à son ordinaire, ou à Paris.au contrôle jetterai, et de travailler à la rédaction des mémoires

.relatifs à la quatrième division de son travail, mémoires qui n'élaientpas encore prêts et qu'il s'agissait de, présenter le plus tôt possible à l'examen des Notables. Cette

.mesure insolite, rapprochée de l'incapacité notoire de

-Fourqueux, fit 80U|)çonner quelque arrièrerpensée. Tout le monde crut que le. renvoi de Calonne n'était qu'une

:%satisfaction apparente, >concédée à la fureur des.Notal>les; qu'il continuerait à diriger sous. main. les. finances jusquà la clôture de l'Assemblée, et qu'ensuite il reprendrait loi titre confié temporairement à un homme de .paille. L'erreur, publique ne. larda pas à se diasjper.

.Bientôt le roi, ^ans donner .à Calonne jun ordre; positif d'exil, lui fit conseiller de se rendre à sa terre de Gamonville, en Lorraine. On conçoit qu'une disgrâce douteuse «t incomplète ne suffisait pas à l'ardeur de sesenne-

.mis. Est-ce'Fourqueux, est-ce Brèteuil, qui se fchargea

' de hii porter le co«p de grâce, en prenant auprès du roi rinitiative d'une dernière dénonciation? Peu importe.

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Cette fois, la carrière de Galonné fut irrévocablement brisée *.

Peut-être un jour Thistoire montrera-t-elle pour lui moins de rigueur qu'elle en a déployé jusqu'à présent. Il a eu la singulière destinée de soulever la réprobation des partisans de l'ancien régime, et de ne recueillir aucune sympathie parmi les partisans de la Révolution. Ce double résultat n'a rien qui doive surprendre. Les partisans de la Révolution ne lui témoignent aucun gré des services qu'il a rendus à leur cause, sans le vouloir ou sans le savoir. Quant aux partisans de Tancien régime, ils ne peuvent lui pardonner d'en avoir cherché le salut par l'emploi de moyens qu'ils ont fait échouer avec autant d'imprudence. Il faut même qu'ils le montrent coupable, afin d'avoir le droit de se prétendre innocents. Il faut qu'ils exagèrent ses fautes, afin d'atténuer les leurs. Aussi leurs imputations intéressées méritent qu'on les contrôle, et j'en ai cité plus d'une qui ne résiste pas à l'examen. Je serais tenté d'ajouter que cet homme, accusé de tant de malversations, sortit du contrôle général plus besogneux qu'il n'y était entré. Mais je ne veux relever, au sujet de sa chute, que deux points plus dignes d'attention.

Dans l'intérêt de la royauté, Calonne tombait trop tard ou trop tôt. S'il était incapable de présider à l'exécution de ses plans, dès Torigine, Louis XVI ne devait pas le charger de les soumettre à l'assemblée des Notables, au risque d'attirer sur eux la défaveur qui s'attachait au caractère de leur auteur. En tout cas, il devait éviter de

1. Le principal prétexte de cet exil fut remploi que Calonne avait cru pouvoir faire de valeurs empruntées au trésor, afin de soutenir le cours des fonds publics, au début de rassemblée des Notables, par l'intermédiaire de M. de Vcymeranges et autres. Il s'en est longuemet expliqué dans sa Requête au roi. 11 prétend même qu'il n'a fait que se conformer aux intentions que le roi lui-même avait manifestées. Voyez la Hequéte^ p. 49 et suiv.

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