‹ La chute de l'ancien régime (1787-1789) (volume 3)Chapitre 132 sur 351 · ÉLÉVATION DE BRIENNE · texte numérisé non relu

ÉLÉVATION DE BRIENNE

le soutenir si longtemps et d'assumer la responsabilité de ses ^ctes, y compris V Avertissement ^ qui donna le signal des dernières attaques. Mais, puisqu'il avait suivi cette marche, puisqu'il y avait persisté malgré les observations des Notables, pourquoi Fabandonner tout à coup, comme s'il était effrayé de leurs clameurs? « Il nuisait presque autant à la dignité de son pouvoir, en abandonnant ainsi un mauvais ministre, que lorsqu'il en avait sacrifié de bons *. » Il donnait à la France une nouvelle preuve d'irrésolution et de faiblesse.

Dans de telles circonstances, la chute de Galonné menaçait la royauté d'un autre péril. Elle rappelait aux privilégiés, ce qu'ils ne savaient que trop, que, sous un prince comme Louis XVI, aucun ministre n'était assez fort pour attaquer leurs privilèges. Car, au fond, Galonné, pas plus que Turgot, pas plus que Necker, n'a pas été puni des torts qu'on lui impute : il est tombé parce qu'il a eu l'audace de toucher aux abus de l'ancien régime. Mirabeau lui-môme, si animé qu'il fût contre son ancien protecteur, déplorait hautement Tinjuslice «c dont on usait, disait-il, envers un ministre qu'on avait flatté quand il commettait des fautes, et que l'on persécutait quand il s'efforçait de les réparer *. » En cédant une fois de plus aux exigences du clergé, de la noblesse et de la magistrature, Louis XVI commettait plus qu'une injustice, il tombait dans une de ces erreurs politiques dont les souverains ne tardent pas à se repentir.

Le lendemain du jour où Galonné fut remplacé par Fourqueux, Necker publia le Mémoire Justificatifs qu'il

1. Considérations sur la Rév, fr., par Mme de Staël, t. I, p. 97.

2. Mémoires de MirabeaUy par Lucas de Montigny, t. IV, p. 594.

3. Mémoire publié par M. Necker (avril 1787) en réponse au discours prononcé par M. de Galonné, devant rassemblée des Notables.

Digiti

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avait rédigé malgré la défense du roi. Personne ne prit le temps de recherclier si ses calculs étaient exacts, ses arguments sans réplique. On ferma les yeux sur les invraisemblances choquantes de son système. On ne vit, dans son œuvre, qu'un prétexte de récrimination contre les administrateurs qui lui avaient succédé. Décidément, il était seul capable de rétablir Tordre dans les finances et de combler le déficit sans la moindre augmentation d'impôts. Cet éloge, colporté partout, inquiéta les amis de Brienne. Ils persuadèrent à Louis XVI, déjà fort irrité, qu'une telle désobéissance entretenait une fermentation dangereuse, et Necker reçut une lettre de cachet qui l'exilait à vingt lieues de la capitale. «L'opinion publique, dit Mme de Staël \ changeait les persécutions en triomphe. Tout Paris vint visiter M. Necker, pendant les vingt-quatre heures qu'il lui fallut pour les préparatifs de son départ. L'archevêque de Toulouse, protégé de la reine, et qui se préparait à remplacer M. de Galonné, se crut obligé, même par un calcul d'ambition, à se montrer chez un "exilé. De toutes I parts, on s'empressait d'offrir des habitations à M. Necker... Le malheur d'un exil qu'on savait être momentané ne pouvait être grand, et la compensation était superbe. Mais est-ce ainsi qu'un pays peut être gouverné?... » La mesure était d'autant plus fâcheuse qu'elle souleva l'indignation des Notables, parmi lesquels Necker comptait beaucoup d amis. D'ailleurs, l'Assemblée entière attendait le Mémoire justificatif coinxwç^ un document nécessaire à son édification. Exiler l'auteur, n'était-ce pas avouer qu'on redoutait de la voir éclaii^?ElIe ne trouva pas de meilleure réponse à ce déni de justice qu'une sévérité plus grande pour les plans de Galonné, une opposition plus ardente contre tous les pro-

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