‹ La chute de l'ancien régime (1787-1789) (volume 3)Chapitre 135 sur 351 · ÉLÉVATION DE BRIENNE · texte numérisé non relu

ÉLÉVATION DE BRIENNE

à charge, et qui a été déjà sentie par l'Assemblée, est de la répartir avec la plus grande égalité, et qu'elle soit supportée par tous les propriétaires sans aucune exception. * En somme, Louis XVI n'abandonnait pas le principe fondamental posé par Galonné, et, de la part d'un prince plus énergique, de telles déclarations auraient suffi pour attester sa juste persistance.

Si le discours du roi était irréprochable, on n'en dira pas autant de celui que prononça ensuite le garde des sceaux et qui contenait les paroles suivantes, adressées aux Notables : « Vous n'étiez pas et ne pouviez pas être instruits du véritable état des affaires. Vous avez dû faire ce que vous avez fait, élever des doutes, proposer des objections, demander des éclaircissements... Vous auriez trahi tout à la fois et vos devoirs et le vœu de Sa Majesté, si, dans cette circonstance, vous eussiez manqué de ce noble courage qui tient à la fidélité du sujet, comme au patriotisme du citoyen. Sa Majesté comptait sur votre zèle et votre loyauté; elle a vu avec la plus vive satisfaction que son attente n'a point été trompée. » N'était-ce pas aller trop loin dans la voie de la conciliation que d'approuver aussi formellement l'opposition systématique et passionnée des Notables? A qui Lamoignon espérait-il persuader que Louis XVI avait reçu « avec la plus vive satisfaction » les témoignages du zèle et de la loyauté d'une Assemblée qui, jusque-là, négligeant les intérêts de la monarchie, n'avait eu d'autre souci que la défense de ses intérêts de caste ! Les paroles que nous regrettons d'avoir à reproduire semblent si évidemment ^ v.^ \i contraires à la vérité qu'on serait tenté d'y voir une ironie de mauvais goût. Ce n'était que la faiblesse d'uii parlementaire, nouvellement-promu à la tête de la magistrature et qui, pour se faire bienvenir, captait sans retenue les suffrages de ses anciens collègues. Malheureusement l'effet de cette faiblesse rejaillissait jusque sur le roi, qui

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devait connaître d'avance le discours de son garde des sceaux et qui avait eu le tort de Tautoriser. Besenval garde le silence sur cet incident fâcheux, parce qu'il est Tami de Lamoignon, qu'il s'attribue l'honneur d'avoir le premier signalé au choix de Galonné. Mais l'inconvenance d'un pareil langage était plus propre à déconsi-r dérer la royauté que les cajoleries trop empressées de Marie-Antoinette.

Dès le lendemain, les bureaux recommencèrent à délibérer. Ils n'avaient rien changé de leurs habitudes, ni rien abandonné de leurs prétentions. La communication des états de recettes et dépenses, tardivement permise par le roi, leur parut incomplète. Ils se plaignirent qu'on en avait disti*ait ce qu'on ne voulait pas leur laisser connaître. A chaque instant, ils tourmentaient de leurs questions le pauvre Fourqueux, qui n'avait aucune expérience des affaires et se trouvait dans l'impossibilité de répondre. Ils sollicitaient avec lui des conférences inutiles *, et, pour suppléer à sa nullité, ils consultaient les anciens employés du contrôle général, dont ils pensaient tirer un peu plus de lumières. Enhardis plutôt qu'apaisés par le renvoi de Galonné et les autres concessions quMls venaient d'obtenir, ils s'éloignaient sans cesse de l'objet principal de leur mission. Bientôt, ils se crurent permis de réformer à leur façon la vieille royauté, et caressèrent l'idée d'une prochaine convocation des États généraux.

Un auteur ordinairement bien informé cite à cet égard une anecdote dont tous les détails ne sont peut^ être pas vrais, mais dont l'ensemble coïncide avec les dispositions avérées des Notables '. D'après lui, Lafayette,. témoin du mouvement qui s'opérait dans l'esprit de ses

1. V<xyez- GollôcUon de la Bibl. nal., Le*S n» 7; sixièiuô portefeuille, pièce n» 12.

• 2. Mémoires de Webet\ p. 104.

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collègues, avait entrepris de lès déterminer à une démarche hardie*. Il voulait que TAssemblée tout entière, ou du moins une fraction importante, allât trouver le roi et lui dit : « Vous nous demandez un vote d'impôts; nous n'avons réellement aucun pouvoir pour le donner; nous ne sommes rien pour la nation, qui ne nous a pas délégués. Cependant, nous oserons prendre sur nous de faire face aux besoins^ si, euiservant le roi,. nous senvous aussi le peuple français. Que Votre Majesté nous* accorde une grande charte; que la liberté individuelle et des États généraux périodiques en fassent partie; et' nous voterons l'impôt nécessaire jusqu'à la prochaine tenue des États, dont l'époque sera déterminée après une mûre délibération. » Lre projet de Lafayette réunissait déjà l'adhésion de plusieurs magistrats et de plusièœrs gentilshommes. Désireux d'obtenir aussi le concours de quelques prélats, il s'adressa à l'archevêque de Toulouse, Brienne, qui le paya de belles promesses et quise servit de la confidence pour avancer' le succès de ses desseins personnels. « Voilà, dit41 à la cour, qu'il s'élève une faction d'imurgentsl Les dangers d'une crise prochaine exigent que l'on confie la direction des affaires à un homme capable d'étouffer ces germes dan* gereuxî »

Le fait est que la situation devenait inquiétante. L'épuisement connu des ressources dû trésor, l'incapacité notoire de Pourqueux, les interminables discussions* des bureaux, leurs vaines récriminations contre l'administration des finances, leur refus d'accepter aucun i remède, là faiblesse et' l'apathie du gouvernement, tout^ contribuait à répandre partout l^larme et l'agitation. Côti état de choses ne pouvait se prolonger. Il fallait en finir, et là première chose à faire était de remplacer Pour-

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