Lois anciennes, t. XXVllI, p
3. Collection de la Bibl. nat,, eodem, pièce n» 7 (manuscrite). « Rapport fait aa bureau de S. A. S. Mgr le duc d'Orléans de ce qui s'est passé à la conférence tenue chez Monsieur, frère du roi, le 9 mai. «
Digiti
218 LA CHUTB DE L'aNCIEN RÉGIME
posait de la réduire au chiffre maximum de 80 millions, et de compléter les ressources nécessaires au trésor, par un supplément de capitation ayant pour base le loyer des contribuables. En Tentendant, ses auditeurs ne purent réprimer un mouvement de surprise. Ils avaient eu la naïveté de supposer qu'un chef d'opposition n'arrivait aux affaires que pour inaugurer une nouvelle politique, et ils retrouvaient, dans la bouche de Brienne, les mêmes principes que dans celle de son prédécesseur. Lorsqu'ils avaient renversé Galonné, ils s'étaient crus à jamais débarrassés de ses plans : pas du tout, Galonné était en exil, et sauf des modifications insignifiantes , ses plans lui survivaient. Il y avait de quoi refroidir les effusions du premier moment. On se sépara sans avoir rien conclu, et bientôt les bureaux, avertis de ce qui s'était passé, reprirent le cours des luttes à peine interrompues.
« J'ai toujours pensé, » dit un jour Lafayette à ses collègues \ « que les précautions contre le déficit futur doivent précéder celles qu'on prendra pour combler le déficit actuel. » Sous ce prétexte, les Notables négligèrent complètement la question de savoir à Taide de quelles ressources on pourvoirait à Tinsuffisance évidente des recettes. Leur attention se détourna tout entière sur les moyens de soumettre Tadministration des finances à un contrôle sévère. Déjà le premier bureau, que présidait Monsieur, était entré dans cette voie, en déclarant par un arrêté du 5 mai : « qu'inutilement la nation multiplierait les sacrifices, qu'exigent d'elle la gloire et la sûreté de l'État, si des précautions sagement combinées et strictement établies ne prévenaient le retour du désordre... : que, moins il y a de précautions à prendre contre la personne d'un ministre, plus il est sage peut-
i. Méinoiresy etc., U II, p. 171.
Digiti
être d'en prendre contre sa place et de le fortifier contre des sollicitations indiscrètes : que le bureau pensait donc que rétablissement d'un comité des finances, dont il allait prendre la liberté d'indiquer au roi la composition et les fonctions, serait un des moyens les plus propres à maintenir l'ordre, l'équilibre et la proportion dans toutes les parties de l'administration. » Après la conférence du 9, tous les bureaux, imitant cet exemple, se prirent à discuter l'organisation d'un comité qu'ils déclaraient indispensable. L'idée n'était pas neuve. Elle avait été suggérée par un mémoire, distribué aux Notables pendant le ministère de Galonné, et qui, après un long tissu d'accusations et de récriminations contre ce dernier, concluait « à la formation d'un nouyeau conseil des finances *. » Or, l'auteur ou l'inspirateur de ce beau projet n'était autre que Brienne, alors aspirant ministre, et cherchant à attirer sur lui les regards. Maintenant on l'accablait avec les armes qu'il avait forgées. Les bureaux ne s'en tinrent pas là. Dans leur ardeur de progrès, ils demandèrent que l'état du trésor royal fût constaté tous les six mois ; que le compte général des recettes et dépenses fût imprimé tous les ans, puis soumis à la vérification de la cour des comptes, et définitivement apuré dans un délai moins longuement scandaleux que le délai habituel. Ils réclamèrent aussi la réduction du chiffre total des pensions et la publication régulière de la liste de celles qui seraient désormais accordées. Enfin, ils décidèrent que l'expression de leurs vœux serait immédiatement soumise à l'agrément du roi.
La réponse ne se fit pas attendre (14 mai) ^. Sur presque