INTRODUCTION XX
eu pays d'état : elle ne peut s'en passer, parce que ces états sont les uns mal constitués^ les autres imparfaits, tous trop nombreux, trop bornés et nécessairement occupés de leurs intérêts exclusifs, nullement de ceux de la généralité. Il n'y a que le Béarn, la Navarre, la Soûle, le Bigorre, le Nébouzan, et Foix, où les divers ordres de citoyens soient convoqués en
vrais corps d'états. » Mais les autres parties de la province, sans posséder des états proprement dits, étaient régis par des assemblées représentatives, présentant quelque analogie avec l'assemblée des communautés provençales : ainsi, continue le mémoire, <k Les Quatre- Vallées, convoquées en un seul corps d'état, dans le lieu d'Arreau. — Les Bastilles et Ville de Montde-Marsan réunies de même en un seul corps d'état, dans ladite ville de Mont-de-Marsan. — Le Labour et Ville de Bayonne, également assemblés en un seul corps d'état, dans ladite ville de Bayonne. » Ce n'est pas tout encore. Au milieu de cette fourmilière d'états, complets ou imparfaits, se glisse un petit pays d'élection, l'élection de Dax ou des Landes; en tout, comme dit très bien le mémoire, onze ou douze administrations diverses et indépendantes l'une de l'autre, dans une seule généralité. A la rigueur, l'intendant, placé sur les lieux, parvient à se reconnaître dans ce gâchis, sauf à se plaindre du tracas qu'il lui cause. Mais à Paris, comment voulez-vous que les bureaux des ministres s'y retrouvent, étant admis que, dans tous les coins du royaume, l'administration centrale est entravée par des singularités non moins étranges?
Digiti
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XXn INTRODUCTION
Le désordre est devenu tellement manifeste, qu'il frappe tous les yeux, tellement absurde, qu'on commence à croire qu'il ne saurait durer. J'ouvre une des mille brochures que fît éclore la crise de 1788, celle qu'a publiée Rabaut-Saint-Etienne sous le titre de Considérations S7t7' les intérêts du tiers état. Dans cet écrit remarquable et beaucoup trop oublié, l'auteur signale le chaos où la France se trouve enfoncée, grâce à la diversité des ordres, des corps, des corporations, des communautés, sans compter la division en pays d'état, en pays conquis, en pays d'élection, en pays abonnés, sans parler non plus des villes privilégiées et des villages soumis à vingt régimes différents. « Un ministre, dit-il \ qui veut débrouiller ces fils, ne sait pas où commencer... Quel est l'homme qui aurait le courage d'entreprendre seulement la lecture des titres infinis, sur lesquels sont fondés cette multitude de droits ? Chaque corps présente des volumes de déclarations, d'ordonnances, de traités particuliers, d'arrêts, de conclusions et de gloses. » Gomment se reconnaître dans une complication « si savamment embarrassée »? Il n'y a plus qu'une ressource : « Attendre paisiblement l'instant où le désordre, poussé jusqu'à son comble, le remède naîtra enfin de l'excès du mal. »
Cependant, l'organisation politique et administrative de la France, sous l'ancien régime, était un chefd'œuvre de clarté en comparaison de son organisation