ARRÊTÉ DU 30 JUILLET
les finances de l'Etat, pénétrée du désir de prouver au roi son zèle et sa soumision, et de conserver les droits de la nation et de la fortune publique ; privée des connaissances qu'elle a inutilement sollicitées; réduite, après cinq ans de paix, à délibérer sur un impôt désastreux, dont la nécesité n'est pas prouvée et dont la proportion avec les besoins de l'Etat n'est pas établie; considérant que la nation, représentée par les Etats généraux, est seule en droit d'octroyer au roi des subsides, dont le besoin serait évidemment démontré; persiste dans son arrêté du 16, et décide que le seigneur roi sera très humblement supplié, en se rendant au vœu exprimé dans ledit arrêté, d'assembler les États généraux de son royaume. »
Aleajacta est! Le grand mot est prononcé, non plus incidemment, dans une protestation contre une mesure fiscale, non plus accessoirement, dans des remontrances judiciaires. Cette fois, il fait le principal, le seul objet d'un arrêté solennel ; et cet arrêté lui-même émane en même temps du parlement de Paris et de la cour des pairs. Deux des plus hautes autorités de l'État se sont associées afin de proclamer la légitimité et la nécessité des Etats généraux ; il ne reste plus qu'à contraindre le gouvernement de les réunir. A la vérité, le dernier obstacle n'est pas le moindre. Il y a quelques mois, tout le monde l'eût jugé insurmontable. Mais les cœurs commencent à s'enhardir. Le progrès accompli parait si grand qu'il permet de compter sur un progrès plus grand encore. Dans une lettre, qu'il écrit le 4 août à son ami Washington, Lafayette lui raconte ainsi sa joie et ses espérances : « L'esprit de liberté gagne beaucoup dans ce pays ; les idées libérales se propagent d'uti bout du royaume à l'autre. Notre assemblée des notables était une belle chose, excepté pour ceux qui l'avaient imaginée. Le parlement, animé par l'exemple
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des notables, oppose une grande résistance à rétablissement des nouveaux impôts. Il sera forcé d'enregistrer les édits; mais il est bon qu'il ait demandé une assemblée générale de la nation; et, quoique cela ne doive i)as se réaliser de suite, je prévois Tévénement, lorsque les assemblées, qui s'établissent à présent dans chaque province, auront acquis Timportance convenable et le sentiment de leur force. » Les événements devaient marcher beaucoup plus vite et plus impétueusement que ne comportaient les prévisions de Lafayette.
Il devenait impossible au ministère de reculer devant un acte de vigueur. Le 5 Août, des lettres de cachet enjoignirent au parlement de se rendre le lendemain à Versailles pour y assister à la tenue d'un lit de justice. Aussitôt grand émoi parmi les magistrats. Ils se rassemblent à la hâte. Leur premier soin est de protester d'avance contre tout ce qui serait fait au préjudice de leurs droits ou de leurs prétentions. Ils règlent ensuite l'attitude qu'ils veulent prendre, le langage qu'il leur convient de tenir. Le 6, lit de justice. Outre les membres du parlement, les princes et les pairs, les lettres de convocation y avaient appelé cinq maréchaux, huit chevaliers de l'ordre, un gouverneur de province, et trois lieutenants généraux * ! Les circonstances étaient graves. Il importait à la royauté de se montrer dans sa force, en même temps que dans son éclat.
A l'ouverture de la séance, le roi prononce quelques paroles assez courtes pour être reproduites : « Messieurs, il n'appartient point à mon parlement de douter de mon pouvoir, et de celui que je lui ai confié. C'est tou-
1. Histoire du gouvernement français (de Tabbé Papou), p. 154.
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