‹ La chute de l'ancien régime (1787-1789) (volume 3)Chapitre 168 sur 351 · LE LIT DE JUSTICE DU 6 AOUT · texte numérisé non relu

LE LIT DE JUSTICE DU 6 AOUT

jours avec peine que je me décide à faire usage de la plénitude de mon autorité et à m'écarter des formes ordinaires; mais mon parlement m'y contraint aujoud'hui, et le salut de l'État, qui est la première des lois, m'en fait un devoir. Mon garde des sceaux va vous faire connaître mes intentions *. » Le discours de Lamoignon ne mérite que des éloges. Il est difficile de répondre en termes plus clairs, plus précis, plus convenables à toutes les arguties accumulées depuis un mois dans les arrêtés parlementaires. Un seul objet reste en dehors, la demande des États généraux, sur laquelle le gouvernement garde un silence absolu. Mais nous avons hâte d'arriver au point culminant de la séance, à celui dont elle tire, aux yeux de l'histoire, un intérêt exceptionnel. Après que Lamoignon a fini de parler, le premier président d'Aligre se lève à la tète de toute sa compagnie. Son discours n'est pas une œuvre individuelle; c'est l'œuvre collective du parlement de Paris. Dès les premiers mots, l'orateur a soin de dire et de répéter qu'il est l'organe de ses collègues et qu'il ne s'exprime qu'en leur nom. La forme leur appartient à tous aussi bien que le fond des idées. Chaque phrase a été concertée la veille, chaque mot pesé et choisi après mûre délibération. Raison de plus pour s'y arrêter. Sous plusieurs rapports, la chose est digne d'intérêt. Nous savons tous jusqu'à quel degré de licence et de témérité peut conduire Tesprit d'opposition sous les gouvernements libres; il est curieux d'apprendre que ces excès n'étaient pas moindres aux derniers jours de l'ancien régime, sous un gouvernement absolu. Je me demande si jamais, au milieu des orages de la liberté moderne.

1. Procës-verbal de ce qui s'est passé au lil de justice tenu par le roi à Versailles, le 6 août 1787 (Archives parlementaires^ t. I, p. 244 et sniv.). C'est là que nous emprunterons toutes les citations qui vont suivre.

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on entendit des chambres législatives, abusant de leur droit constitutionnel, répondre à un discours de la couronne, par une adresse aussi hautaine que la réponse du parlement de Paris à Louis XVI et à son ministère.

Le début annonce déjà ce qu'il faut attendre des conclusions. « Sire, dit en commençant le président d'Aligre, votre parlement nous a chargé, attendu le lieu où il plaît à Votre Majesté de tenir son lit de justice, et dans le cas où seraient portés en cette séance aucuns édits, déclarations ou lettres patentes, ou autres objets qui n'auraient pas été communiqués à votre parlement pour en être délibéré au lieu et en la manière accoumée; ensemble, au cas où il serait introduit des personnes étrangères et où, en votre présence, il serait demandé à votre parlement des suffrages qui ne pourraient être donnés à voix haute et librement, [de vous déclarer que] votre parlement ne peut, ne doit, ni n'entend, donner son avis, ni prendre aucune part à ce qui pourrait être fait en la présente séance; et, dans le cas où il plairait à Votre Majesté de faire publier les édits et déclarations, sur lesquels il a déjà délibéré, votre parlement nous a chargé de vous réitérer nos très humbles et très respectueuses représentations. » De ces premières paroles, rapprochons immédiatement les dernières, qui en complètent le sens et la portée. « Si, malgré les supplications, les instances et les représentations de votre parlement , Votre Majesté croyait encore devoir déployer son pouvoir absolu, votre parlement ne cesserait d'employer tout son zèle, et d'élever la voix, avec autant de fermeté que de respect, contre des impositions dont l'essence serait aussi funeste que la perception en serait illégale. » On voit que la conclusion est digne du début.

Le parlement ne se contente pas de cette protestation sommaire. Il entre dans l'examen des deux lois,

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