LE LIT DE JUSTICE DU 6 AOUT
qu'il prétend juger à lui seul. Il les critique avec amertume et violence. Pour en dénoncer les vices, il ne s'abstient d'aucune exagération. « La nature des impôts proposés, dit-il au roi, a affligé votre parlement au point qu'il a eu peine à se livrer à quelque détail sur les malheurs qu'ils annoncent. Le timbre, plus désastreux que la gabelle... a excité une consternation générale... Il tend à établir une sorte de guerre intestine entre tous les ordres de citoyens... Tous auraient également à redouter l'inquisition, la vexation et l'extension, caractères inséparables du projet... et qui le rendent inadmissible... L'impôt, présenté sous la dénomination de subvention territoriale, a le même caractère d'immoralité... Il expose chaque citoyen à une dissension domestique, établie et fomentée tous les jours par le gouvernement; dissension capable de mettre aux prises les pères et les enfants, chaque membre d'une même famille, les seigneurs et les vassaux.... » Ne laissons pas ces derniers mots passer inaperçus. Ils contiennent le secret de tant de colères. L'édit sur la subvention territoriale atteint les seigneurs aussi bien que les vassaux, et permet aux vassaux de surveiller eux-mêmes, dans les assemblées paroissiales, la justice de la répartition effectuée. Il n'y aura plus défaveur ni de tromperie possibles. C'est là ce qui indigne les privilégiés du parlement, habitués à payer le moins possible; et le froissement qu'ils éprouvent, dans leur intérêt comme dans leur amour-propre, les excite à porter plus haut leurs attaques.
Ils vont jusqu'à rechercher pourquoi la royauté se trouve obligée de recourir à de nouveaux subsides. Suivant eux, ses besoins ne sont pas des besoins légitimes. Sa détresse est le triste résultat des fautes d'un administrateur, « qui a su desservir votre parlement auprès de Votre Majesté., et faire protéger auprès du trône ses dissipations. » La phrase est déjà vive : elle ne suffit pas
Digiti
encore à racharnemcnt des ennemis de Galonné. Le parlement ajoute : « vos peuples voient avec eflroi les suites fâcheuses d'une administration dont la déprédation excessive ne leur paraît pas même possible. » Pour le coup, il n'y a plus rien à dire : le tableau est complet. Sans doute, Galonné n'est plus contrôleur général et de nouveaux ministres sont à la tête des affaires. Mais comment avoir confiance en eux, quand ils débutent par un lit de justice, par un acte d'autorité despotique? « Votre parlement conçoit difficilement, comment on a osé conseiller à Votre Majesté de déployer l'apparence de la puissance suprême, dans une circonstance où il avait lieu d'espérer de ne voir éclater que la bienfaisance et la justice de Votre Majesté. » Ainsi les nouveaux ministres ne sont pas plus épargnés que les anciens, et les attaques remontent jusqu'au roi, qui n'est pas un souverain constitutionnel, irresponsable. S'il a toléré des dissipations fâcheuses, des déprédations excessives, certainement il a eu tort, il a sa part de culpabilité. Si Brienne et Lamoignon sont répréhensibles d'avoir conseillé des mesures violentes, Louis XVI apparemment l'est aussi de les avoir adoptées. Qu'importe au parlement cette conséquence nécessaire? Il ne s'arrête pas plus au pied du trône qu'à la porte du contrôle général. Abordant la question des États généraux, il laisse tomber cette menace, dont il faut croire qu'il n'a pas senti toute la gravité : « Le principe constitutionnel de la monarchie française est que les impositions soient consenties par ceux qui doivent les supporter : il n'est pas, sire, dans le cœur d'un roi bienfaisant d'altérer ce principe, qui tient aux lois primitives de votre État, à celles qui assurent Vautorité et qui garantissent robéissance. » Un peu plus loin, le parlement revient à la nécessité de convoquer les États généraux, il insiste, il supplie le roi d'accorder cette concession indis-
Digiti