HÉSITATIONS ET FAIBLESSES DU GOUVERNEMENT
lesherbes : la cour préféra attendre les résultats de la délibération que le Parlement venait de continuer au 13 août. Attendre, toujours attendre! Mais la conduite des magistrats devenant de plus en plus choquante, il fallut bien se décider à prendre un parti. « Dans la nuit du 14 au 15 août *, les lettres de cachet, signées depuis huit jours, furent portées aux magistrats par des officiers du régiment des gardes. Elles leur enjoignaient de sortir de Paris sous vingt-quatre heures et de se rendre à Troyes sous quatre jours. Ces lettres étaient grattées et portaient des surcharges, qui laissaient lire encore la date du 7 août et le nom de la ville de Sens. » Notez que celui qui nous donne ces détails précis a reçu pour son compte personnel une desiettres dont il parle. Le fait est donc certain. Que faut-il en conclure? Sinon que les chefs du ministère, Brienne et Lamoignon, n'étaient pas plus libres que leurs prédécesseurs d'adopter un système énergique et de Texécuter rapidement. Evidemment, ce sont eux qui avaient obtenu le premier ordre d'exil. Tordre immédiat. Survient un de leurs collègues, ancien président d'une cour souveraine, nourri dans les habitudes de l'opposition parlementaire. Il s'émeut en faveur du parlement de Paris et va trouver le roi. C'en est assez pour tout remettre en question, car Louis XVI ne demande qu'un prétexte pour échapper à la contrariété d'une mesure rigoureuse *.
Tout le monde connaissait sa faiblesse et tout le monde en abusait. Vit-on jamais spectacle plus déplorable que celui de la cour, à cette même époque, lorsqu'il s'agit d'appliquer les réformes promises aux dé-
i. Eodem, p. 96.
2. Voyez, sur le rôle que joua Malesherbes depuis sa rentrée au ministère, les extraits des mémoires qu'il remettait au roi à Tinsu de Brienne, Droz, t. Il, p. 61-62. Il y a d'excellentes choses dans ces mémoires, mais qui ne concordaient nullement avec le système adopté, et qui ne pouvaient avoir d'autre résultat que d'en troubler l'exécution.
Digiti
penses de la maison du roi et de celle de la reine? Lres ministres espéraient désarmer Topinion en prouvant qu'ils entraient dans la voie des économies sincères, et que les plus augustes personnages consentaient à donner Texemple. Arrêté dans ce but, le règlement du 9 août * souleva parmi les courtisans une véritable révolte. Il faut en lire les détails dans le récit de Tun d'eux 2 : le duc de Goigny apprenant qu'il va perdre la Petite écurie, qu'on a l'inconvenance de réunir à la grande, se rendant chez le roi, l'accablant de ses reproches; et Louis XVI, encore ému de la scène qu'il vient de subir, disant à haute voix dans les salons de Versailles : « Nous nous sommes véritablement fâchés, le duc de Goigny et moi, mais je crois qu'il m'aurait battu que je le lui aurais passé. » Sur quoi, Bésenval ajoute : « quel dommage qu'un tel caractère ne soit pas tombé dans de meilleures mains? » Et sait-on ce qu'il entend par là? que, si la fermeté de Louis XVI avait égalé sa bonté, il n'aurait jamais sacrifié ses amis, ses serviteurs, aux prétendus besoins de l'administration des finances. Gar enfin, dit ce même Bésenval à la reine : « Il est pourtant affreux de vivre dans un pays où l'on n'est pas sûr de posséder le lendemain ce qu'on avait la veille. Gela ne se voyait qu'en Turquie ! » D'après la jurisprudence de la cour plus forte que les règlements ministériels, les favoris sont devenus propriétaires incommutables des faveurs dont on les a comblés. Le roi n'est plus maître chez lui. La reine n'a plus la faculté d'approuver une réforme quelconque sans attirer sur elle des haines impérissables.
1. Règlement du Roi du 9 août 1787 sur quelques dépenses de sa maison et de celle de la Reine, Lois anciennes^ t. 28, p. 416.