Sallier, Annales françaises, p
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royalistes purs, de rabaissement dans lequel il la voyait descendre si vite. Quelques jours après (4 octobre), sous l'empire des mêmes sentiments, il écrit encore deux lettres, Tune à son ami d'Allemagne, l'autre à un employé supérieur de l'administration des finances '. « Je suis, dit-il dans la première, si dégoûté de ce pays et de la plupart des hommes qui l'habitent, si épouvanté pour la chose publique de ce que je vois, de ce que j'entrevois, de ce que je prévois, si convaincu qu'il n'y a de remède que dans l'excès du mal, si résolu de ne concourir désormais à l'instruction publique que par la discussion des exemples étrangers *, que je n'ai rien de mieux à faire que de partir. » Dans sa seconde lettre, Mirabeau, à qui l'on offre de mettre sa plume au service du gouvernement, répond par un refus motivé, où je relève ce passage : « Laissez-moi donc à mon obscurité, parce qu'en effet mon dessein est d'y rester invariablement, jusqu'à ce qu'il sorte un ordre de choses régulier du tumulte où nous sommes, et que quelque grande révolution, soit en bien soit en mal, ordonne à un bon citoyen, toujours comptable de son suffrage et même de ses talents, d'élever sa voix. Cette révolution ne saurait tarder. Le détroit où se trouve engagé le vaisseau public est également court et difficile *. » Ici, comme toujours, il faut faire la part de l'exagération naturelle au caractère de Mirabeau. Chez lui, les deux extrêmes du découragement et de la confiance se succèdent tour à tour. Il n'en est pas moins vrai que, dès les premiers
1. Soafllot de Merey (ou plutôt de Méré), à qui Brienne confia la rédaction du compte rendu du mois de mars 1788. Bibl. nat., Catalogtie des imprimés, Lb**, n» 534.
2. Vers cette époque, Mirabeau fonda en efTet un journal consacré à la discussion des affaires politiques d'Angleterre. Nous aurons occasion d'en parler plus tard.
3. Cette lettre est citée dans les Mémoires de Mirabeau, publiés par Lucas-Montigny, t. IV, p. 431452.
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jours croctobre 1787, après quelques mois de crise, il devine, il annonce Vimminence cVune (/rande révoluiion, dont les premiers symptùmes lui causent encore plus d'inquiétude que de joie, parce qu'il est aussi dégoûté de ceux qui la font que de ceux qui la laissent faire. Lafayelte est moins pessimiste et moins clairvoyant. Le 9 octobre, écrivant a Washington *, il résume ce qui vient de se passer en France, depuis que « TAssemblée des Notables a mis le feu aux matières combustibles »; puis il ajoute : « Vous voyez que le roi est souvent obligé de reculer, sans que cependant la masse du peuple soit satisfaite. Le mécontentement est même si grand que la reine n'ose plus venir à Paris, de peur d'être mal reçue. D'après ce qui s'est fait dans ces six mois, nous parviendrons, au moins, à mettre dans la tôte de tout le monde que le roi n'a pas le droit de taxer la nation, et que rien dans ce genre ne peut être stipulé que par une assemblée nationale... L'esprit d'opposition et de patriotisme, répandu dans la première classe de la nation, y compris les serviteurs personnels du roi, mêlé à la crainte de perdre leurs places et leurs pensions; l'insolence moqueuse de la populace des villes, toujours prête, il est vrai, à se disperser devant un détachement des gardes, et les mécontentements plus sérieux du peuple des campagnes ; tous ces ingrédients mêlés ensemble nous amèneront peu à peu, sans grande convulsion, à une représentation indépendante et par conséquent à une diminution de l'autorité royale. Mais c'est une affaire de temps^ et cela marchera d'autant plus lentement que les intérêts des hommes puissants mettront des bâtons dans les roues. » En définitive, les
i. Mémoires, correspondances, eic, t. H, p. 207. Dans ceUe même lettre, Lafayette fait encore réloge de Brienne. « J'avoue, dit-il, qu'il a commis des fautes depuis qu'il est en place, mais je lui crois encore un talent de premier ordre. »
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conclusions de Lafayette se rapprochent de celles de Mirabeau sur un point essentiel. Lui aussi, il prévoit, il annonce comme certaine une transformation de la royauté française, c'est-à-dire une révolution qu'il n'osait même pas rêver il y a six mois. Seulement Lafayette craint que cette révolution, qu'il désire, ne soit retardée par de nombreux obstacles, tandis que Mirabeau sent déjà que cette révolution menaçante est de taille à briser tous les obstacles qu'elle rencontrera sur sa route.
Au surplus, dans les grandes crises, les événements se précipitent avec une rapidité qui déjoue toutes les conjectures. Parfois il arrive que les efforts tentés pour en arrêter le cours produisent un effet absolument inverse. Qui n'aurait dû croire que l'établissement d'un conseil de la guerre, en améliorant l'organisation de l'armée, augmenterait la stabilité de la monarchie? C'est le contraire qui eut lieu. Parmi les causes qui contribuèrent à la chute de l'ancien régime, un grand nombre de contemporains citent précisément l'influence pernicieuse exercée par le nouveau conseil. On a vu que l'initiative en avait été prise par le duc d'Orléans, alors animé de sentiments loyaux. Le mémoire qu'il remit au roi fut accueilli favorablement. Louis XVI y trouvait l'occasion de répondre aux avances du prince le plus populaire. L'archevêque de Toulouse comptait « s'étayer de ce conseil dans les retranchements que l'économie commandait * », et son frère, le comte de Brienne, était heureux de « couvrir son peu d'habitude des choses militaires », en s'entourant des avis d'officiers plus expérimentés. Le règlement constitutif parut le 9 octobre 1787 \ Son préambule expose, avec toutes les apparences d'une justesse incontestable, que si l'on veut introduire^ dans l'administration de la guerre, les amé-