‹ La chute de l'ancien régime (1787-1789) (volume 3)Chapitre 213 sur 351 · Saliier, Annales françaites, p · texte numérisé non relu

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cent quarante millions, qui serait même porté pour Tannée actuelle à cent soixante et douze millions. Ce fut l'abbé Sabathier qui, le premier, combattit ouvertement redit. Il fut d'avis de l'enregistrer quant au premier emprunt seulement, et demanda au roi la convocation la plus prompte des États généraux *. D'autres après lui parlèrent dans le même sens, tous avec franchise et liberté, tous dans les termes du plus profond respect pour le roi, quelques-uns avec peu de ménagement pour les ministres. Sur ce fond un peu terne, encore plus monotone, se détachent quelques épisodes dont le souvenir mérite d'êlre conservé.

Parmi les plus anciens conseillers de la grand'chambre, on distinguait un des chefs de l'opposition radicale, Robert de Saint-Vincent, magistrat austère, laborieux, accoutumé à vivre dans la retraite, à exprimer franchement sa pensée, et dont la bonne foi était d'ailleurs incontestable. Quand vint son tour d'opiner, il prononça un véritable discours, que Sallier a tenté de reproduire, à l'aide de notes prises séance tenante. On peut juger, par cet échantillon presque authentique, de la hardiesse de langage qui régnait ce jour-là sous les voûtes de la grande salle. Dès les premiers mots, le vieux conseiller ne craint pas de prendre le roi lui-même à partie. Il lui rappelle des circonstances pénibles, qui doivent lui servir d'avertissement et lui montrer qu'au sentiment du public l'édit présenté par ses ministres n'est qu'une « calamité » de plus, ajoutée à tant d'autres): « Si Votre Majesté venait apporter au parlement des lois pour le soulagement de la nation, aurait-on cherché à soustraire à vos regards le peuple de votre capitale? Les portes du

1. On a reproché à l'abbé Sabathier d'avoir oublié dans son discours les égards qu'il devait à l'autorité royale. Sallier déclare au contraire que, « loia de se livrer aux écarts de l'irrévérence, il fatigua le roi et rassemblée par l'accumulation des formes respectueuses, dont il enveloppa la censure qu'il se permit » {Annales françaises, p. 133).

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