‹ La chute de l'ancien régime (1787-1789) (volume 3)Chapitre 214 sur 351 · LA DÉLIBÉRATION · texte numérisé non relu

LA DÉLIBÉRATION

Palais seraient-elles fermées? Les avenues de cette salle seraient-elles interdites aux citoyens? La marche de Votre Majesté eût-elle été transformée en une course précipitée? Ah! pourquoi se trouve-t-on dans le cas de craindre qu'au lieu des acclamations unanimes, si justement dues à Votre Majesté pour sa bonté et son amour pour ses peuples, elle ne remarquât sur tous les visages qu'inquiétude et consternation? » De ces paroles, il est permis de conclure que l'hostilité populaire ne s'arrêtait plus à la reine ou au comte d'Artois. Elle commençait à monter jusqu'à Louis XVI, qu'elle obligeait de prendre des précautions humiliantes quand il se montrait aux Parisiens. Encore un symptôme, qu'il importe de recueillir et de signaler en passant.

Les nombreuses critiques que l'orateur dirige ensuite contre les dispositions financières de l'édit contiennent des aperçus remarquables ; et nous les recommandons, sans hésiter, à l'attention de ceux que ces détails intéressent. Mais, pour ne pas tomber dans des longueurs fatigantes, nous nous bornerons à citer ici le passage de ce discours qui concerne les États généraux. Sur ce point, Robert de Saint-Vincent partage les idées de Mirabeau. « Le remède aux plaies de l'État, dit-il, a été indiqué par votre parlement : c'est l'assemblée des États généraux. Votre Majesté y trouvera des conseils et des secours. Cette convocation, pour être salutaire, doit être prompte. Si l'on tarde, les maux s'accroîtront et le remède sera plus difficile. Votre Majesté annonce dans son édit que les États généraux seront assemblés pour Tannée 1792; pourquoi ce retard? Le moment n'est pas venu, dit-on. Je cherche ce qu'on peut entendre par là. Trouve-t-on que le désordre ne soit pas assez grand dans les finances? Un déficit de cent quarante, de cent soixante et dix millions, ne parait-il pas suffisant? En quoi donc est-il nécessaire d'y ajouter une dette de cinq

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cent millions? La vérité, la voici. Vos ministres veulent éviter ces États généraux dont ils redoutent la surveillance. Mais leur espérance est vaine : les besoins de TÉtat vous forceront à les assembler d'ici à deux ans. Oh ! oui, ils vous y forceront, et le plus sage parti à prendre serait de profiter de la bonne disposition des esprits, de cette passion du bien public qui anime aujourd'hui tous les Français. Ceux qui disent qu'il faut attendre ne peuvent pas avoir des vues droites. S'ils veulent du temps, c'est donc pour former des intrigues, pour composer les États généraux avec des courtisans préparés à les applaudir, ou avec des hommes turbulents qui y porteraient le désordre et les rendraient infructueux et peut-être nuisibles. Dieu veuille préserver le royaume de tels malheurs! Mais il est permis de les craindre... » Après avoir rapporté ces paroles prophétiques, Sallier ajoute : <f J'ai pu rendre avec fidélité les expressions de ce discours; mais il faut l'avoir entendu, pour se faire une idée de ce que le débit, l'organe et le geste y ajoutaient de rudesse et d'originalité. Pendant tout le temps qu'il dura, le roi resta tourné vers l'orateur, les yeux fixés sur lui, l'écoutant avec attention et bonté, et il fit témoigner depuis que cette franchise ne lui avait pas déplu. »

On attendait avec impatience l'avis de d'Éprémesnil. Tous les assistants connaissaient la part qu'il avait prise aux projets ministériels. Personne n'ignorait non plus les froissements qu'il avait éprouvés. Quelle attitude allait-il prendre? Ne céderait-il pas à la fougue de son caractère? L'histoire lui doit cette justice qu'il sortit avec honneur de cette difficile épreuve. Fidèle à ses premières inspirations, il proposa l'enregistrement de l'édit, quant aux deux premiers emprunts, et demanda que la convocation des Etats généraux fût fixée à 1789. Du reste, il s'eflbrça de donner à son langage une douceur insinuante qui ne lui était pas habituelle.

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